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Le chasseur abstrait éditeur

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À Rodez, l'ombre d'Antonin Artaud | 16 septembre 2008

À Rodez, l'ombre d'Antonin Artaud ne rôde pas comme les fantômes du passé. L'hôpital psychiatrique a disparu, une placette porte le nom de l'écrivain, une association peut-être -- et c'est tant mieux.

Cet écrivain qui se disait poète entendant des voix étrangères au « monde des idées » n'a guère vécu que trois ans ici. Et encore, ce ne furent pas les plus mauvaises années de sa vie. Quelques douzaines d'électrochocs furent censés redresser sa barre depuis longtemps soumise à des raisons inexplicables autrement que par le dérèglement de sa machine psychologique. C'est du moins ce qu'on en pense généralement.

Il semble en effet que cette machine fut toujours anéantie par l'analyse, mais pendant longtemps il navigua sans trop altérer son image de semblable et de frère. C'est, après le coup de dès de Tric Trac du ciel, en forme de pied de nez, l'époque de L'ombilic des limbes, du Pèse-nerfs, de L'art et la mort et du livre qui fit de lui un auteur universel, Le théâtre et son double -- je passe sur les constructions éditoriales, pas même littéraires, de Rivière. Enfin, la machine fut enfermée à double tour, -- le tour d'écrou appliqué à l'insensé, et le tour de clé à la chair tétanisée, nouée plutôt. C'est le réveil de Rodez, ses glossolalies, sa langue reconstruite avec des pets et des mots ; c'est l'époque bénie d'un véritable fou qui refait surface sans sa machine. C'est du moins ce que je pense.

Les œuvres complètes d'Artaud relèvent du bric-à-brac biographique, de la coulée explicative et d'un sens du miracle qui ne laisse pas d'en borner les extases. Depuis les mélancolies de l'enfance jusqu'à la justification de l'enfermement, la trace de l'homme s'applique précisément aux causes et aux effets d'un comportement pour le moins effarant. D'un côté, on diagnostique l'incurabilité du phénomène et on installe les dispositifs de la mise à l'écart sans traitement, de l'autre on s'active pour commencer à créer l'astérisme que la littérature proposera finalement de contempler en dépit de la cochonnerie mise en évidence par des actes parfaitement antilittéraires.

Ainsi, l'électrochoc est désormais considéré comme une offrande au génie de l'écrivain et des pluies d'imitateurs plus ou moins concernés par la maladie cérébrale s'efforcent de rendre compte de leur propre aventure mentale. Un cancer du rectum a mis fin à la résurgence de ce qu'on connaissait déjà comme un des plus importants destins « littéraires ». Les copistes en profitent pour devenir parfaitement illisibles et prétendre que cela a un sens. « Ha Ha ». Ce qui revient à commettre une pitrerie et à en poser la devinette improbable. Les paraphraseurs, plus sournois que les plagiaires qui ont eux leur mot à dire malgré la Loi, sont des emmerdeurs de tourner en rond et des solliciteurs de gendarmes dès que leur soi-disant révolte est prise en flagrant délit de salade. Ce qui les rapproche des poètes de laboratoire avec lesquels on les confond quelquefois. On est loin, bien loin de la leçon audacieuse, eh oui, d'Antonin Artaud.

J'ai lu Artaud deux fois. Je relis régulièrement L'ombilic des limbes, Le pèse-nerfs, L'art et la mort surtout et Le théâtre et son double. Tout le reste, à quelques détails près, ne m'intéresse plus ou ne m'a jamais intéressé. Je pense qu'en devenant fou, Artaud a perdu son pouvoir sur la littérature. Je veux dire que la littérature n'aurait pas pu l'enfermer à son tour si la folie l'avait définitivement détruit. Artaud est un paradoxe sitôt qu'on l'envisage d'un point de vue littéraire. Le phénomène complet est en contradiction avec les promesses du double. Du coup, c'est la cohérence psychiatrique qui s'installe et ce sont les petits cinglés qui proposent leurs documents vésaniques faussement code-switchés -- des éditeurs s'y trompent quelquefois. « Ha Ha ». D'ailleurs, comment imaginer que le psychiatrisé n'adhère pas totalement aux dogmes et aux pratiques de la psychiatrie ? Comme il adhère aux pires institutions de l'écrit.

Or, Artaud ne s'y est jamais complu, même fou, même électriquement sorti du pétrin thérapeutique, jamais il ne s'est pris pour un homme de Lettres ! Et c'est ce qui le sauve du paradoxe d'une existence pliée à l'endroit de la fin et du commencement et non pas rectiligne comme le chemin de la cause à l'effet -- par exemple de la vanité au dédit.

Je dis cela parce qu'il arrive quelquefois que Bosse-de-Page, qu'on a d'abord pris pour un véritable écrivain, souhaite, grâce à la publication qu'on fait de son livre, « être au moins lu par quelques grands écrivains, savoir ce qu'ils auraient pensé de ce texte, etc. ». Le « etc. » dénote la transparence d'une révolte qui laisse voir les péripéties toutes bourgeoises d'une existence mystificatrice.-- Mais ce n'est pas la vocation d'un éditeur de diffuser un ouvrage auprès des grands écrivains ! Et quant aux graaaaands écrivains dont je suis l'ami en effet, je leur épargne généralement les imprimés qui ne méritent pas leur attention.

C'est après tout la vocation d'un éditeur que de s'en remettre aux « promesses », quitte à vérifier ensuite que Bosse-de-Page n'est pas capable de construire une œuvre. C'est aussi un spectacle affligeant de voir ledit écrivant se gonfler soudain d'une vanité « littéraire » à l'endroit même où il fut catégorique quant à la valeur des « Lettres ». Se dédire sans honte, puis médire sous la houlette d'une souffrance ordinaire, sinistrose tout au plus, voilà tout ce que peut produire aujourd'hui ce mathurin simiesque, inévitablement poussé dans l'ombre qu'on souhaite désormais à ses simagrées ténébreuses et anecdotiques et à ses dithyrambes commis en lieu et place de la critique dans l'espoir qu'on ne le critique pas et qu'on le complimente religieusement sous la menace d'un Droit qui lui sert à la fois de prétexte et de texte ! Hélas, l'aventure éditoriale, quand elle prétend rendre compte de l'écrit et non pas des keepsakes proposés par les dépressifs et les croyants, se laisse prendre plus facilement aux faux-semblants qu'aux divertissements somme toute légitimes des marchands de sommeil. Voilà où en est le panier de crabes. Nous y mettons quelquefois les doigts par inadvertance.

 

 

Patrick CINTAS.

 

Publié par regal à 18:04:04 dans Régal Truelle_Patatas! | Commentaires (8) |

16-09-2008  14:48  16-09-2008 14:48
Si tous les cons  De  Cradio  Sujet:  Si tous les cons
Si tous les cons qui réclament leurs droits étaient des révolutionnaires, y aurait plus de justice. Char est un prophète. Mais tout de même! Ce Nivelle est un cahier de brouillon à usage... Restons poli uniquement parce que c'est un...
16-09-2008  09:43  16-09-2008 09:43
Tu parles d'un humoriste !  De  Customize  Sujet:  Tu parles d'un humoriste !
L'humour et la parano, ça fait pas bon ménage.
16-09-2008  09:31  16-09-2008 09:31
Faites gaffe!  De  machin  Sujet:  Faites gaffe!
Patrick Cintas est pas capable de se cacher derrière un pseudo. Il a eu affaire à un parano qui l'insulte et le diffame dans son blog de merde. Il se défend avec beaucoup d'humour. Ce qui n'est pas le cas de ce Nivelle qui a écrit: "Le combat exige de la ruse... et une bonne dose d’humour!!!" Tu parles d'un humour!
16-09-2008  09:28  16-09-2008 09:28
Faites gaffe!  De  Aglaé  Sujet:  Faites gaffe!
Nivelle a ouvert son blog uniquement pour massacrer le travail de l'exéditeur. Quel gâchis! Il y avait de bonnes pages. À moins que le Nivelle en question ne soit rien d'autre que Patrick Cintas qui se venge! Ça me ferait bien rigoler si c'était le cas. Comment on peut vérifier? Quelqu'un a une idée?
16-09-2008  09:24  16-09-2008 09:24
Faites gaffe!  De  Sidonie  Sujet:  Faites gaffe!
Faites gaffe. Patrick Cintas possède des droits sur le bouquin immonde de Nivelle. Vous êtes en train de lui faire de la pub et je vous garantis que ça vaut pas le coup.
16-09-2008  09:20  16-09-2008 09:20
L'HÉROÏSME ouvrier de Nivelle  De  Peutêtre  Sujet:  L'HÉROÏSME ouvrier de Nivelle
« Ça gueule (brame) quand de son masque -souvent encore, totale irrévérence de l'image-, ses lèvres, des chairs, se détachent. Ma tête (sexe) de chien ____ se trempe raide dans la bouche du masque, & ressort en extase, trempée de repères... Le labeur comique ! L'ulcère, c'est l'idée, le socle ; un cas d'amour. La pensée, L'HÉROÏSME ouvrier. - Extrait de PALIERS. » QU'EST-CE QUE VOUS RÉPONDEZ À ÇA ? -- On répond que le mec se prend pour un ouvrier et qu’il n’est pas poète.
16-09-2008  09:11  16-09-2008 09:11
Révolté + Droit  De  Cradio  Sujet:  Révolté + Droit
De quel droit s'agit-il? Le Droit avec un grand D? Foutaises bourgeoises! Le droit à la parano? Le droit de réponse? Ce Nivelle interdit les commentaires sur son blog. Quel droit à la révolte pour celui qui se terre? Aucun!
16-09-2008  09:07  16-09-2008 09:07
Régis Nivelle se dit révolté  De  Untel  Sujet:  Régis Nivelle se dit révolté
Régis Nivelle écrit dans son blog: "Mais qu'est-ce qu'un révolté, Monsieur? Quand un homme est broyé et qu'il se tait, c'est un individu normal. S'il proteste et réclame son droit, c'est un révolutionnaire! René Char- le soleil des eaux" -- René Char, oui. Mais les autres?

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