Artisan de structures sérielles
«J'ai écrit les parties improvisées.»
Paul Mefano descendant l'escalier, 1996
Parfois, il semble que toute l'expérience d'une vie se résorbe dans un mot. S'agissant de Pascal Leray, le principe de série se comporte un peu comme une éponge qui absorberait toute l'eau du texte. L'auteur rechigne à parler d'écriture «sérielle», se refuse même à se dire «sérialiste». Pourtant, du Portrait de la série en jeune mot aux Perspectives sérielles en passant par le premier livre de Réflexe, «Cahiers d'études sérielles», une constante préoccupation traverse son travail. Soulignons ce qu'il doit au sérialisme musical, même si c'est pour nous étonner que l'auteur soit aussi responsable de «chansons pauvres» semi-improvisées et quasi brutes, auss éloignées de la dodécaphonie que des approches «savantes» qui caractérisent la musique contemporaine. Pascal Leray se définit lui-même comme un «rustre», une «cognée». Il ne fournira guère d'explications supplémentaires et préfère inviter le lecteur à pénétrer un labyrinthe à la fois narratif, poétique, musical et pictural.
Il fallait donc que Le Chasseur abstrait existât pour que le lecteur un tant soit peu aventureux fût en mesure d'appréhender les méandres d'une forme qui ne sépare pas les différents domaines de la production artistique: texte, musique et expérimentation sonore, dessin, ready made, photographie, chanson sérielle, lecture performance, webpoème... «Tout se tient!», s'exclamait Victor Hugo vantant le mélange des genres. Il faut croire que Leray a un côté hugolien, sinon que, sous l'influence du sémioticien russe Youri Lotman, il aime spécialement à reprendre son sévère jugement: «Le mélange des niveaux est inadmissible». On le voit: l'auteur n'est pas avare en paradoxes.

Pascal Leray et Claude Mouchard (Po&sie)
aux Journées Poésie de Rodez 2008 (stand du Chasseur abstrait)
Le présent fascicule a vocation à donner un premier aperçu d'ensemble de la littérature de Pascal Leray, désormais largement représentée chez Le Chasseur abstrait. Pour plus de lisibilité, on a distingué trois sections:
- Figuration narrative -- pour aborder les essais romanesques et nouvellistes qu'a inaugurés Emilie Guermynthe (d'autres volumes sont à venir, à savoir: Nouvelles de la réalité, Le sens des réalités, Igny-Anthrope);
- Abstraction lyrique -- titre générique qui ramasse une bonne part de la production poétique de l'auteur, à commencer par le vaste poème dérivé du tableau de Vassili Kandinsky, Avec l'arc noir, qui sera présenté au Prix Artaud à Rodez en 2009;
- Ecole conceptuelle -- corpus dont le tronc réside dans l'approche la plus théorique, principalement autour du signifiant «série», mais également dans la dette revendiquée du poète à l'endroit de l'école formaliste non moins russe et de l'école conceptuelle américaine (à savoir, en premier lieu, Mel Bochner et Sol Le Witt).
Si l'articulation retenue pour le présent volume laisse de côté certains aspects de ce «work in progress», elle l'ancre délibérément dans le domaine du visible. Façon détournée, peut-être de rappeler que, si l'auteur tient de «l'explorateur du langage», selon le mot de Patrick Cintas, le texte est fait de sang (coagulé et donc, pour ainsi dire, gore) et non de pure matière cérébrale! Son rêve, peut-être, serait que l'on s'aperçût que, comme les livres de Walt Whitman qui furent interdits de transport ferroviaire pour ce motif précis, il y a là quelque chose qui tient définitivement d'une «matière obscène».
Edgar Zimrett
Voir la Revue d'art et de littérature, musique
Publié par regal à 08:45:52 dans Cahiers de la RAL,M | Commentaires (0) | Permaliens
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