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Le chasseur abstrait éditeur

Nous ne publions pas à compte d'auteur ni à tour de bras.

Vivre Livre - Salon du Livre Midi-Pyrénées - 15-16 novembre 2008 - Toulouse | 27 octobre 2008

Vivre Livre

Salon du Livre Midi-Pyrénées

15-16 novembre 2008 - Toulouse

Le chasseur abstrait y sera

avec Pascal Leray qui présentera sa "Sériographie" : Deux Cahiers de la RAL,M et 5 livres publiés chez le Chasseur abstrait.

 

Organisé par la Région Midi-Pyrénées et le Centre Régional des Lettres, le Salon du Livre Midi-Pyrénées aura lieu les 15 et 16 novembre prochains à Toulouse au Centre de Congrès Pierre Baudis. Il sera précédé le jeudi 13 novembre par une conférence de presse du président de Région Martin Malvy sur l'engagement de la Région en faveur du livre et de ses métiers. Cette conférence de presse se prolongera par une rencontre avec les professionnels du livre en région. 

En 2008 le Salon du livre Midi-Pyrénées se développe pour permettre la rencontre d'un large public avec la création littéraire en région : 

-- Le Salon change de lieu : il  se déroulera au Centre de Congrès Pierre Baudis, qui offre un espace vaste, accessible et ouvert sur l'extérieur.

-- Le Salon prend aussi une identité propre avec un nouveau nom : Vivre Livre, qui proclame une volonté bien affichée, vivre le livre et la lecture au quotidien pour mieux appréhender le monde, 

-- Le Salon propose un nouveau contenu en prise sur l'actualité littéraire : plusieurs espaces seront consacrés à des rencontres, débats, tables rondes et lectures, en direction de tous les publics, et s'ajouteront à l'espace d'exposition où est présentée la richesse éditoriale de Midi-Pyrénées (plus de soixante éditeurs présents), à l'espace librairie (Association des libraires indépendants en Midi-Pyrénées, Ombres Blanches et L'Autre Rive) et à l'espace restauration (transformé en café littéraire).

 

Pour cette première édition de Vivre Livre, la programmation sera riche et variée :

-- A l'affiche les écrivains originaires de Midi-Pyrénées ou vivant à Toulouse et en région qui ont une actualité littéraire, parmi lesquels Denise Epstein, Jean-Paul Dubois, Tristan Garcia, Jean-Baptiste Del Amo (en partenariat avec le Prix du Jeune Ecrivain) ou encore Philippe Ségur et Christian Authier, 

-- Deux débats sur l'avenir du livre et des politiques culturelles (avec notamment Antoine de Baecque, Françoise Benhamou, Christian Thorel, Jean-Claude Wallach),

-- Jacques Bonnaffé sera le comédien invité de cette première édition et aura « marge blanche » pour deux lectures conçues en commun,

--  Nous fêterons les dix ans de La Brune (éditions du Rouergue) avec son éditrice Sylvie Gracia et trois de ses romanciers, Antoine Piazza, Pascal Morin et Arnaud Rykner,

-- Nous parlerons de littérature étrangère avec le traducteur de Mark Twain, Bernard Hoepffner, et les éditeurs de Tristram et de Passage du Nord-Ouest,

-- Les écrivains en résidence en Midi-Pyrénées seront aussi à l'honneur :  David Fauquemberg, en résidence à la Maison des écritures de Lombez, sera en conversation avec Bartolomé Bennassar, Samira El Ayachi en résidence aux Maisons Daura à Saint-Cirq Lapopie animera une rencontre complice avec le slameur Insa Sané,

-- Des auteurs pour la jeunesse, parmi lesquels Yan Nascimbène, Rachel Corenblit, Claude Clément, et Thierry Dedieu viendront rencontrer leur public, animer des ateliers et participer à des discussions autour du livre pour la jeunesse.

 

Mais il faut aussi mentionner un hommage à l'Occitanie d'Yves Rouquette, une rencontre autour du polar au féminin, plusieurs spectacles et lectures par des compagnies théâtrales régionales et un Café littéraire non stop où les éditeurs de la région présenteront leur actualité éditoriale en compagnie de leurs auteurs. 

A travers cette programmation et l'envergure nouvelle donnée au Salon du livre Midi-Pyrénées, la Région Midi-Pyrénées et le Centre Régional des Lettres, en partenariat pour la première fois avec la Mairie de Toulouse, montrent leur engagement en faveur de la création littéraire et des métiers du livre mais aussi en faveur de la lecture en direction de tous les publics. 

Entrée gratuite -Horaires : Samedi : 10h-19h / Dimanche : 10h-18h

-- Contact presse : Centre Régional des Lettres Midi-Pyrénées - 05 34 44 50 20 -- h.ferrage@crl-midipyrenees.fr -v.franques@crl-midipyrenees.fr / www.crl.midipyrenees.fr

 

 

Publié par regal à 10:01:49 dans ANNONCES | Commentaires (7) |

Découvrez le site officiel de Patrick Cintas | 26 octobre 2008

Plus tard...
... Quelqu'un


C'est bien beau, tout ce travail... mais alors... plus tard... que faire?... humilité... une anthologie?... quelqu'un peut-il m'aider à commencer ce travail... ce choix... ce qui pourrait rester... poèmes... aphorismes... récits... nouvelles... scènes... pensées... comment cela finit-il par s'organiser... après une vie passée à écrire entre les gouttes tombées de l'existence...?

http://www.lechasseurabstrait.com/lesjours

Publié par regal à 13:27:54 dans ANNONCES | Commentaires (0) |

Le blog de Charles Hectorne sur le site du Chasseur abstrait | 25 octobre 2008

 

http://www.lechasseurabstrait.com/infos/infos.php

 

 

La rime ou la vie !


« Un poète est un monde enfermé dans un homme », écrivait puissamment Victor Hugo. Il arrive que ce soit le contraire qui survienne. Il arrive que le poète soit un homme, une femme, enfermé(e) dans un monde. On serait alors tenté de dire : « Laissez-le, il rêve ! » Mais il ne s'agit pas de ces poètes de l'époque romantique qui secouaient leur longue crinière en baillant pour lutter contre l'ennui d'une société qui ne savait plus trop que faire de ces chantres aux idéaux passés, dans tous les sens du terme. Il ne s'agit pas non plus de ces poètes martyres, enfermés physiquement, torturés, parfois même liquidés par les nervis des dictatures fascistes, communistes ou capitalistes. S'il me tient à coeur de poursuivre le projet du « Sens des réalités », c'est aussi parce que je vois bien que la « fracture réalitaire » qui conduit à la multiplication de pseudo-univers généralement défaillants n'est pas une fiction déconnectée de la réalité du jour. Plus d'un politicien a été pris en flagrant délit de « perte de sens »; ces dernières années. Pas seulement eux. Et l'on pouvait croire la masse des poètes un peu plus à l'abri de tels troubles. Il n'en était rien. Il restera à l'historien à comprendre comment des hommes prisonniers peut-être de l'espace physique qui les entoure se sont résolus à y voir l'univers complet. Peut-on expliquer autrement l'évolution de l'école dite « meschonnicienne » ?

J'ai déjà raconté ma rencontre avec ce courant de pensée très offensif, il y a une grosse dizaine d'années. Enfin, non, je ne l'ai pas vraiment racontée mais le détail importe peu. Je le ferai sans doute, à un autre moment, voilà qui fait partie de mon « autobiographie par la série ». Trois ans après cette grisante rencontre, avec quelques amis nous faisions déjà le bilan de cette quête du Sémantique Sans Sémiotique (le Sujet). Et nous le jugions décevant. Nous pleurâmes. Nous avons séché nos larmes. Pour ma part, je me suis retrouvé gardien de stade. L'expérience n'a duré que quelques mois mais elle a été la période peut-être la plus heureuse de ma vie. Les boulistes s'engueulaient. Les basketteurs se chamaillaient gentiment. Les footballers faisaient les cons. Les tennismen crânaient. La sociologie d'un stade de banlieue me fascinait et, pour tout dire, je l'aimais. Traversée d'une vie tissée de ces « petites choses » qu'évoque Apollinaire dans son bel épithalame, « Poème lu au mariage d'André Salmon ». Progresivement, je me rendais compte que ma compréhension des choses, durant ces trois années de meschonnicisme frénétique, avait été comme compressée, bornée à un champ d'opérations obsessionnelles « dans et par le langage ». Le langage de la critique du rythme m'est devenu inaccessible;

Il est certain que l'homme qui quitte l'université pour entrer dans la vie active n'a pas la même appréhension des choses. Des idées qui lui paraissaient très importantes prennent un aspect insignifiant devant le concret des difficultés de la vie âpre et douloureuse. Le soir, il rentre, il regarde Derrick, il prend un café et se couche. Le lendemain, à peine éveillé il est déjà prêt à retourner au turbin... Mais je dois dire que le poste de gardien dans un stade de la banlieue de Seine saint Denis avait quelque chose de privilégié, puisque je restais de longues heures dans ma loge à lire Foucault, Diderot ou Nerval, Picoche, Gadet, etc. Même quand j'ai dû quitter cette aimable fonction pour entrer, très temporairement et par une toute petite porte, dans l'Education nationale, je lisais Louis-Jean Calvet avec bonheur. Mais les gros livres de Meschonnic me sont devenus inaccessibles. Je ne voudrais pas universaliser une expérience personnelle et c'est pourquoi je la livre telle quelle mais je pose la question à des fins scientifiques tout de même : y a-t-il compatitibilté entre la critique du rythme et la réalité ?

J'observe le réseau qui s'est constitué autour de la personne de Meschonnic. Les relais sont universitaires et ce, exclusivement. Quand, sur Wikipedia, les disciples veulent présenter leur maître, ils pourraient prendre l'initiative d'un discours didactique. Sur un projet de type encyclopédique (bien qu'on ne soit pas sûr que Wikipedia relève de cette catégorie), une prise de distance est nécessaire. Non que l'on mette en retrait certains enjeux idéologiques (le projet de Diderot est au contraire l'élaboration d'un puissant outil intellectuel contre l'obscurantisme de son temps) : on s'adresse à un public varié, on prend l'engagement de lui rendre compréhensible les traits principaux de savoirs très complexes. On entre dans les arcanes après avoir brossé un portrait d'ensemble. Voilà ce que nous apprend l'article « Meschonnic » de Wikipedia :

(...) il proposé une anthropologie historique du langage qui engage la pensée du rythme dans et par l'historicité, l'oralité et la modernité du poème comme discours et du sujet comme activité spécifique d'un discours. Une série d'essais, depuis Pour la poétique jusqu'à Politique du rythme, Poétique du rythme en passant par Critique du rythme, Anthropologie historique du langage ont engagé un chantier considérable qui a des effets dans maintes disciplines à partir d'une attention forte à la littérature et à la théorie du langage en faisant du poème un opérateur éthique de valeur pour tous les discours, ce qui engage une critique de la poésie pour que le poème ne soit plus confiné à un genre ou à une forme.

Ce discours ne sera d'aucun mystère à ceux qui ont lu le maître. Je m'interroge sur sa lisibilité par un public non spécialisé. La syntaxe, d'abord, est troublante : « une anthropologie... qui engage la pensée du rythme », « Une série d'essais (...) qui ont engagé un chantier considérable ». S'agit-il d'une société d'intérim ? L'activité qu'elle désigne est assez loin du BTP, pourtant : c'est « un chantier (...) qui a des effets dans maintes disciplines à partir d'une attention forte à la littérature » . Cette discipline serait donc une forme de télékinésie. La suite permet d'élaborer une autre hypothèse technique, puisque ce chantier « engage une critique de la poésie » en « faisant du poème un opérateur éthique ». Dans Tchevengour de Platonov, le communisme étant advenu, le travail est aboli. Seul le soleil travaille et il est décrété « grand prolétaire universel ». Ici, c'est le poème qui travaille. On ne s'étonnera pas, dans ces conditions, que le poète passe pour un fainéant !

Il faut préciser que le tort d'une telle notice n'est pas dans le seul défaut de vulgarisation. Il faut témoigner du respect aux constructions complexes de l'esprit. Qu'elles soient peu évidentes à appréhender ne devrait pas emporter notre impatience. Il faut soulever un autre point, infiniment plus problématique que le premier : l'absence totale de rigueur scientifique. On ne nie pas les apports de Meschonnic. Mais l'auteur de la notice semble pressé de voir les « effets » de son discours se répandre sur le monde : la « traductologie de Meschonnic », explique-t-il, « oblige à ne pas se contenter d'une traductologie qui se sépare à bon compte de l'éthique ou au contraire se contente de grands principes qui ne permettent pas de travailler l'historicité des traductions au coeur de l'activité de traducteur ». Voilà une pensée qui « oblige » (pour lutter contre « ce qui ne permet pas »). J'ignorais que le monde de la traduction fût si désertique qu'une voix exclusive de toutes les autres pût ainsi imposer sa réglementation ! Je déplore surtout que l'élève n'ait retenu du maître qu'une malheureuse série d'oppositions binaires, qui ne lui permet pas de situer l'idole dans le champ réel de la traductologie !

Le discours militant a des caractéristiques générales qu'on retrouve assez nettement ici. Le trait dominant est peut-être l'auto-affirmation. Ce chantier aurait des effets, nous dit la notice, « dans maintes disciplines » : il est malheureux qu'elles ne soient pas citées. Autant je puis sans problèmes appliquer cette phrase à l'oeuvre de Roland Barthes, qui a eu des effets dans les théories de la communication, de l'art, de la photographie, de la sociologie comme dans la littérature. Autant, au jour d'aujourd'hui, les « effets » de la théorie du rythme sont assez isolés parce que, le plus souvent, les disciplines concernées n'ont pas besoin d'elle. L'anthropologie travaille l'oralité avec des méthodes précises. Ses fondamentaux sont constamment révisés dans une perspective critique et je tiens notamment à saluer le travail extraordinaire de Jack Goody, en la matière. La psychologie et la sociologie n'ont rien à gagner d'un discours qui les méprise globalement. Quant à la philosophie... Que peut-elle faire d'un discours qui produit du Heidegger contre Heidegger ? Qui, du philosophe, maintient l'emphase quasi incantatoire (censée incarner l'assimilation de la pensée et du poème) en retournant à son encontre les mêmes arguments, en boucle ?

Récemment, le maître a rechuté. En publiant « Heidegger ou le national-essentialisme », il a réglé la question du philosophe. Il est évident que sa réflexion devrait mettre fin à toute la phénoménologie post-heidegerrienne. Toute la démonstration repose sur une phrase de Heidegger, selon qui « le silence est un avoir-dit ». Il faut prendre le temps de goûter cette sentence pour elle-même. Elle est belle, en effet. Meschonnic, théoriquement, ne méconnaît pas la polysémie du silence. Mais, ayant fixé son interprétation chez Heidegger, il règle la question du rapport au nazisme du philosophe allemand. J'ai un infini respect pour les victimes de la Shoah. J'ai même la plus grande considération pour Meschonnic, concernant ses prises de positions sur la notion de « shoah » même, par exemple. Mais cet effort produit pour effacer une pensée qui l'a si visiblement influencé me révolte. Et je crois grossière une démonstration qui s'appuie sur des « preuves » si minces.

Dans « Politique du rythme, politique du sujet », déjà, nous avions droit à l'axiome suivant (je cite de mémoire) : « Parle-moi du poème, je te dirai qui tu es ». La recette est très simple : prenez un ouvrage de telle ou telle discipline, voyez ce qui y est dit du poème. Puisque, par définition, le poème n'est pas la spécialité de l'auteur, vous trouverez aisément des failles qui se révéleront très vite impardonnables ! Et c'est ainsi que le poème est appelé à remplacer l'anthropologue, le philosophe et l'historien... et à supprimer les fonctions de psychologue, de sociologue et de linguiste. On craint pour le médecin qui, rappelons-le, s'appuie, à l'instar du linguiste, sur une « sémiologie » ! Y aura-t-il une médecine du rythme ?

Je crois que la difficulté qu'a ce discours à trouver écho ailleurs que dans un secteur très spécialisé de l'université est assez compréhensible, dans ces conditions. Cette poétique a perdu le sens des réalités ! Elle parle d'historicité et elle ne sait plus ce que c'est qu'un homme qui vit au ,jour le jour, qui s'oriente dans une masse de pensées contradictoires et conflictuelles, que la poésie traverse par accès momentanés. Elle semble avoir oublié qu'au-delà du poème, il y a une chose qu'aucune théorie n'affronte sans ridicule (bien que Lotman ait approché la chose d'une façon inédite et singulièrement émouvante) mais dont Apollinaire a en une belle occasion rappelé la puissance :

Réjouissons-nous non pas parce que notre amitié a été le fleuve qui nous a fertilisés (...)
Ni parce que fondés en poésie nous avons des droits sur les paroles qui forment et défont l'Univers (...)
Réjouissons-nous parce que directeur du feu et des poètes
L'amour qui emplit ainsi que la lumière
Tout le solide espace entre les étoiles et les planètes
L'amour veut qu'aujourd'hui mon ami André Salmon se marie
P.L.
 
 

 

 

Publié par regal à 11:20:33 dans ANNONCES | Commentaires (0) |

François Richard - Loire sur Tours | 24 octobre 2008

Photo ©Christophe Laurentin.

Croiser le style

Deux passions illuminent l'oeuvre de François RICHARD : la langue et le texte. Ses livres proposent toujours un parcours à la fois lyrique, -- don de la langue, et narratif, -- art de l'expérience. LOIRE SUR TOURS est étrangement fluide, vrai et faux, facile et complexe, phlogistique de l'égarement et de l'équilibre, mais aussi solide qu'un métier arraché à l'existence. Les photographies de Christophe LAURENTIN s'appliquent avec non moins d'étrangeté romanesque à cet itinéraire soigneusement mis en page. Loire sur Tours est publié par Le chasseur abstrait éditeur .

 

Patrick CINTAS. La question est de savoir si on continue d'appeler "littérature" ce qui la dépasse. Voici, à ma connaissance, la meilleure définition de la paresse dans l'optique particulière des arts : "La confusion dans le public est facile à expliquer : tout vient du désir d'obtenir quelque chose pour rien ou d'apprendre un art quelconque sans se fatiguer."

François RICHARD. Sur les appellations en général. Je crois que c'est induit dans votre question : je me sens effectivement assez étranger à des notions comme « écrivain » ou « littérature ». Je m'identifie plus à des noms qui les précèdent historiquement -- poète, voire artiste tout simplement. J'ai la conviction qu'un artiste peut déployer sa singularité, sa sensibilité à travers tous les médiums. Comme on n'a pas assez de temps dans une vie, il faut bien choisir des priorités, aller là où ça appelle le plus spontanément. On ne peut pas exceller à la fois en musique, en danse, en architecture, en peinture... Mais ce n'est que par manque de temps. J'aurais adoré me consacrer à fond à absolument tous les arts, et je pense que ce serait une évidence pour tous les artistes si la vie était deux fois plus longue. Je le ressens d'expérience : un processus artistique débouche sur un autre, dans un autre domaine (c'est ainsi que j'ai alterné musique, peinture, écriture, danse...). Dans le processus de création il y a des sas successifs, ce que l'on tiré de soi laisse une soif d'autre chose, de différent et pourtant relevant de la même avancée. Dans tous les domaines on reste poète, et artiste. C'est un radical, un dénominateur commun. Au fait, qui est artiste ? Tous ceux qui ont vu, accepté et apprivoisé leur mort. Mais ce serait une autre question.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur la littérature et ce qui la dépasse. La vraie littérature est sans doute son propre dépassement : quand on sort d'un chef d'œuvre qui vous laisse k.o., on se dit à chaque fois ce n'est plus de la littérature, que c'est une expérience sensorielle, une expérience de vie à part entière. Une communion intime d'être à être, au dénominateur secret et commun dont je parlais... La littérature hors de ses petites perles et de ses chefs-d'œuvre, ce n'est pas de la littérature, c'est l'industrie de la consolation et du divertissement. Et c'est vrai que comme le mot est mis à toutes les sauces (« rentrée littéraire », etc.), qu'on est dans une grande purée des valeurs, il est peut-être important de renouveler les termes qu'on emploie. Il faudrait qu'il y ait dans les librairies, séparément, un rayon « littératures » et un rayon « art littéraire ». Institutionnellement c'est impossible, mais isolément, subjectivement, les libraires pourraient faire ça. Je précise que je n'ai pas de mépris pour un genre en particulier : un polar, un livre de témoignage, un livre humoristique, peuvent très bien rentrer, même involontairement, dans la cour des œuvres d'art. La force invincible de la grâce, c'est qu'elle ne s'explique pas, elle s'impose soudain, elle saisit n'importe quel thème ou support, pourvu qu'elle soit mue dans un geste, une inspiration habités.

Les libraires, les éditeurs, les chroniqueurs, ont le devoir d'imposer cette initialisation des termes dans le paysage du Livre. Il s'agit de faire front aux termes du marché, qui assimilent meilleures ventes à classiques de la littérature. La formule que vous employez dans votre question est juste. Il y a une confusion très séculaire entre Art et loisir, divertissement. Alors que l'un est l'autre ne sont pas loin d'être ennemis et antinomiques.

Avec les éditions Caméras Animales, que je co-dirige avec mon frère Mathias, c'est que nous avons tenté d'insuffler, notamment avec la quatrième de couverture du livre anthologique Raison basse. Nous y annonçons la mort des genres connus de la littérature, et préférons résolument le terme d'écriture à celui de littérature. C'est ainsi : le terme littérature renvoie à quelque chose de figé, de hiératique voire de sémantiquement corrompu (fors les nuances que j'ai dites plus haut) ; le terme écriture est beaucoup plus proche du mouvement brut et vrai, nécessaire et possédé, qui préside à la levée génésiaque des grands livres. Avec une note d'insituabilité totale en plus. Si la notion d'Art littéraire peut rebuter par sa solennité, le mot écriture au moins met tout le monde d'accord, et il peut s'appliquer à « tout ce qui dépasse la littérature ». En redécouvrant le mot, on redécouvre intuitivement la radicalité aiguë qui devrait sous-tendre toute œuvre écrite digne de ce nom.

Toutes ces constatations, elles se sont faites avec le temps, a posteriori du moment où j'ai commencé à écrire. Je ne m'intéressais pas à la littérature avant d'écrire, je me suis mis à écrire un jour et me suis mis à lire un peu par la suite. Pour rejeter (encore aujourd'hui) 95% de ce que je lis et ne flasher que sur les textes complètement insituables, les sismographies contagieuses de quelques vivants. Tant de gens qui se disent écrivains ne le sont pas, parce qu'ils oublient de vivre, confondent positionnement mondain et quête indicible... S'ils l'étaient, paradoxalement ils rejetteraient viscéralement l'étiquette d' « écrivain », comme tout enfermement dans une nomenclature, une neutralisation sociale. L'Art lui (comme la vie) échappe aux dénominations. Son style est la fulgurance. Il y a à tracer, là et déjà ailleurs, point. Jusqu'aux dernières révélations auxquelles cette main donnée de la création nous mène.

 

Quelle est la part du style dans l'écriture telle que vous la concevez ?

Le style précède l'écriture. Le style est cet appel aigu comme une convulsion, qui transforme une intuition en une formule, une formule en une figure expressive. C'est cette même pulsation interne qui lie les figures entre elles, qui impose sa cadence à la temporalité de l'expression en jeu. Le style est l'essence et la motorisation de l'écriture, comme du corps du reste.

Je ne pars quasiment jamais d'une page blanche en me disant « tiens je vais écrire ». Il n'est pas impossible de croiser le style en se lançant dans une démarche volontariste (et souvent, du coup, logorrhéique) mais c'est quelque chose que je conçois mal pour ce qui me concerne. On écrit quand il y a quelque chose qui cogne, qui demande à être dit, ou à se dire. Quand tient « ça », on entend oui, on s'entend ouïr. Quand on connaît cette connivence électrique avec l'être, on ne peut pas s'autoriser à tricher, à se dilapider en phrases dilutoires.

Vie sans mort, c'était la levée de cette sensation, dans une respiration encore convalescente, fragmentaire, pour ne pas dire embryonnaire (même si j'adore ce livre). Esteria c'est la construction en acte de cet organisme neuf, aux nerfs de ses turbulences génératrices (la gestation, la renaissance sont un requiem). Loire sur Tours, l'homme créé et qui marche ? La comparaison avec mon déroulé biographique est tentante.

J'ai entamé ce texte lors que je terminais Esteria et l'ai terminé à peine après, alors que j'écrivais de moins en moins, et allais de plus en plus vers la musique. Dans un bruissement de page qui se tourne. J'étais désormais un homme debout, toujours encré mais aussi ancré... Cet état se reflète dans les dernières pages d'Esteria et dans Loire sur Tours. La fameuse atteinte du centre de la Croix, entre horizontalité prosaïque et verticalité poétique.

Pour croiser des éléments de vos deux questions --le travail, et le style--, je dirais que, dans l'écriture, une lucidité aiguisée sur les lettres et soi-même vaut des heures de travail besogneux à noircir des pages. La chasse abstraite, dans mon cas, passe plutôt par une retenue face à tous les signes qui bombardent le cerveau, une discipline d'intériorisation, de décantation. Il m'arrive de jeter des bouts de phrases sur des petits papiers que j'ai sur moi, quand je me déplace où que ce soit, mais au moment d'écrire le livre (qui se décrète tout seul), de laisser fondre ce qui doit vraiment sortir, j'ai laissé s'écouler beaucoup de temps, parce que je sais c'est comme ça que l'essentiel sortira le plus spontanément. Il faudra nécessairement relire et retravailler bien sûr, c'est là qu'il faut être le plus dur avec soi-même, le moins complaisant. Mais tout ça n'est pas de l'ordre de l'effort (ce qui est connoté dans le terme « travail ») mais de la simple joie. 

La rencontre avec soi-même --sa voix, son style-- pour moi ne s'est pas passée dans l'acte d'écrire lui-même, mais dans une expérience de vie où je suis passé très près de la limite. Je crois que la conscience et la lucidité approfondies, la sensibilité aiguisée, la vision abstractrice, ne vient pas --hélas ?-- de la seule pratique d'un art (qui se développerait d'elle-même à force de travail), à la volontaire, mais d'une situation-limite à un instant t de la vie, qui change toute la perception, et fait directement accéder à la petite voix de l'intuition créatrice (à la fois magique et oppressante, car on ne peut s'y dérober). C'est pour cela que, dans la Cité, je milite pour une réhabilitation des rites de passages --des rites de passages réinventés. Les civilisations plus anciennes ont très bien saisi la nécessité que le jeune vive une expérience-limite fondatrice pour accéder au statut d'homme. La proximité de la mort connecte définitivement avec la prescience du sacré (au sens abstrait, perceptif, non dogmatique), ouvre l'esprit et les sens, replace le fait d'être là comme mystère premier, apprivoise la violence que l'on a en soi pour l'orienter en des célébrations positives, partagées ou intimes.

Finalement, le travail majeur s'opère lors de l'initiation / initialisation du corps d'homme. Je parlais d'un instant t : c'est un instant qui peut durer très longtemps, dans l'écume du traumatisme. Une déflagration qui chavire, qui a pu pousser à de longues spires. Le travail s'entendait là comme souffrances, travail de la naissance. Ce mot du chorégraphe Laban : « il vous faudra tourner longtemps pour comprendre ce qu'est le cercle. Et puis un jour vous vous rendez compte que vous n'êtes plus vous-même, que votre espace est devenu puissant, dynamique, et qu'il vous faut maîtriser cette force ». J'ai tourné longtemps, c'est vrai. J'ai attendu longtemps. Et c'est vrai que dans l'approche d'une pratique artistique (dans la percussion avec la nécessité soudaine d'un art) il y a, précédant l'intégration réciproque, cette même phase de tours et de retours tourbillonnaires, comme une danse de mois préliminaires. 

Je ne sais pas grand-chose mais je sais, d'instinct et d'expérience, que nos vies ont un sens, que nous sommes mus dans une création continue, et qu'en dessillant nos regards, en devenant artistes et prenant part à ce processus créateur (balisé des joies que donnent les œuvres réussies successives), nous vitalisons cette énergie (sur)naturelle vers une lumière un peu meilleure, porteuse d'autres états de conscience, et de conditions auxquelles nous n'avons pas accès pour l'instant - comme de concevoir le rien, le tout, l'origine. Mais les artistes ont du travail car les énergies toxiques et aseptisantes grouillent autour, endémiques à la perte du cœur.

L'état d'initialisation post-traumatique dont je parlais, le chantier sensible qu'il convoque : c'est comme si cette faille en soi se faisaient lèvres, délivrant un murmure apodictique, proche du silence de l'écriture ou de la musique. Je ne parlerais dès lors pas de travail mais d'addiction, l'assonance avec « la diction » étant parlante. Sans cette murmure-rumeur dedans, qui s'affine avec le temps, l'écriture ne serait qu'une manie thérapeutique. Et c'est son atténuation douce, au bout des années de l'écriture, qui permet maintenant d'aborder un instrument de musique, d'y avancer en conjuguant création et perfectionnement technique, par une harmonisation intérieure renouvelée. Qui permet même de progresser en lâchant prise.

Cette centration libérée qu'on appelle le style (je l'appelle la grâce), imprime son timbre à toutes les chronographies que l'on trace, quelle que soit la discipline artistique ou même dans la vie. Elle est la signature de notre relation à l'Autre, elle est fragile, c'est l'aspiration secrète du temps et du corps. Elle est notre essence, elle demande sa restitution contre la dénaturation.

 

Certes, mais à la différence de ceux que j'appelle les « Bosse-de-Page », on n'assiste pas chez vous à, comme dirait Robert Vitton, un ronronnement consistant à dire et redire les mêmes choses, se contentant d'en varier les effets -- poésie que j'assimile à toutes les prétendues poésies qui assènent des sentences au lieu de s'approcher, par le travail et le style -- ce que vous appelez le style et que j'appellerais plutôt l'énonciation --, des véritables lieux de l'écriture. On peut crier, se plaindre, voire menacer, prédire, etc., en langue vernaculaire ou savante, mais cette attitude de charlatan ne donne lieu qu'à des foutaises du genre « le ciel est bleu » ou « mon cerveau est une radio », ce qui veut dire au fond la même chose. Expliquez-nous (le terme est mal choisi) en quoi consiste votre espèce de ravissement. Est-ce un ravissement d'abord ? Je pense bien sûr à Lol V. Stein.

Pour la première partie de votre question, je dirais que l'insistance sur les mêmes choses n'est pas un problème -- le ronronnement, si. Pour ma part je passe mon temps à essayer de dire la même chose --cerner l'absolu, l'indicible-, et ce sont justement toutes ces variations l'intérêt (s'il y en a un dans ce que je fais, bien sûr...). Dans Loire sur Tours, plusieurs formules reviennent ponctuer la prose poétique comme des leitmotivs, ce sont de légères entournures modifiées (un contexte rythmique différent, un seul mot modifié...) qui font qu'elles gagnent en relief à mesure, et l'ensemble avec. Il y a des tas d'exemples en fait, je garde notamment une affection un peu enfantine pour les recueils de poèmes galants, où chacun d'eux est une ode à l'être aimé. Une écriture un peu lancinante peut aussi dégager le vertige des musiques répétitives, si l'âme est là... Et puis, peut-être que toute une œuvre n'est là que pour trouver ce qu'elle a à dire, qui tient peut-être en une seule phrase, et que tout ce déploiement d'une vie est l'implantation du paysage où elle puisse apparaître. Ou que, puisque cette phrase à dire appartient irrémédiablement à l'indicible, les textes s'enchaînent comme pour la cerner, la faire entendre ou plutôt exhaler son parfum, sa volupté toute musicale. Rendre évidente cette mutité que les mots viennent comme recouvrer, à l'instar des notes de musique. Le ronronnement (ou l'écriture thérapeutique, ou masturbatoire) est effectivement le péril, et le travers le plus commun, dans l'amassement de langage qu'implique entrer dans cette geste. La sentence approximative est un autre risque, mais je préfère largement celui-là, d'où sans doute mon addiction à la condensation extrême, et au phrasé inscrit dans la lignée aphoristique -- fût-il propulsé dans une allitération de plusieurs lignes. Le caractère « alambiqué » (j'aime le mot), l'oscillation entre impressionnisme alambiqué et expressionnisme alambiqué, s'est également avéré pour moi comme un fondamental de l'avancée organique du corpus. Il y a un caractère alchimique dans ce qui se rapporte à cette quête d'un Graal de Verbe. Un côté risqué aussi. La sphère du Logos n'est pas la moindre des cabales. Mais elle est, comme vous dites, ravissante. C'est « la forme entière de l'humaine condition » qui est là et qui nous guide, depuis un for intérieur qui est, j'en suis convaincu, universel. Nous cherchons le trajet le plus court entre cette figure silencieuse, inouïe, et le cœur, et ce, par-delà la conscience (qui est l'espace du vrai sommeil, du ronronnement transi). Nous cherchons partout et en tous un plus d'âme, une vibration qui aide à supporter le monde pour ce qui le sous-tend, justement. Par les médiums de l'art nous remontons ce cliquetis imperceptible en nous qui nous pousse à créer, pour invoquer dans l'universel un déclic des perceptions bloquées. Les artistes sont mus, et remontent à la source de ce qui les porte. Orphée n'a pas été imaginé par hasard. Cette matrice inconnaissable, cette Lilith idéelle enfermée en soi... Une Muse qui n'est autre que notre mort sans doute, un indéfini immémorial -- une silhouette de vide dans l'espace et la matière, la trace d'une originéité qui n'existe pas. Vous le dites, en substance « peut-être que je n'écris pour personne ». Le temps n'est supportable que dans cette relation à la grâce de l'instance témoin de notre création. Peut-être même que son invocation-évocation toute la vie peut inverser le déroulé finissant de sa lumière. Nous sommes comme les étoiles dans le ciel, à apparaître encore quoi que déjà morts... La désacralisation permanente du temps, la dissolution de la magie de l'atmosphère quotidienne, en sont le signe patent. La remontée en rappel, dans la profondeur de la rosée et des phosphorescences du crépuscule, contre un peu l'ensevelissement progressif de l'être au for (notre « nous ») sous la fuite en avant des sociétés modernes. Elles qui se jettent hystériques dans l'extériorité, la plus lointaine, d'une sensibilité intérieure sans dimension, sans doute beaucoup trop exigeante pour être assumée. « Puisque les choses qui régissent ce monde nous dépassent, feignons d'en être les organisateurs »... Notre « morigine » nous inviterait pourtant à de plus pures sculptures de temps, des desseins inenvisageables pour l'être, qui se laissent d'un coup réfléchir à la psyché. Et à une confiance, une joie sans bornes, puisque cette source noire qui nous attend, devient la promesse des réalisations les plus phénoménales, ainsi qu'un sentiment d'appartenance acceptable à la limite.

 

Quel est le cheminement, en termes simples ? D'où êtes-vous parti et où en êtes-vous ? À quoi ça rime, dans l'existence, dans le futur, pour les autres ? Cette "triade" n'est-elle pas au coeur de vos préoccupations ?

Pour détourner la gravité de ce qui s'est passé en sourire, je dirais que c'est l'enseignement de Maître Yoda pour devenir Jedi ( !) : il faut scrupuleusement, méticuleusement désapprendre tout ce que l'on a appris, pour se donner une chance de « devenir qui on est ». Il y a une citation je crois, « la culture, c'est ce qu'il reste une fois que l'on a tout oublié ». J'étais dans cet état, dans une chambre vide et stérile il y a maintenant plus de dix ans (exactement comme dans une couveuse), sous sonde gastrique, en hypotension, ayant coupé tous liens avec mon passé, quand j'ai demandé pour la première fois des feuilles pour écrire, et que « ça » a commencé. La mémoire qui est en-dessous de la mémoire personnelle. C'est d'ailleurs au cours de ces deux mois aussi, que j'ai entendu une phrase qui m'accompagne toujours. J'avais une télé mais je ne la regardais pas. Je l'ai allumée une fois très tard le soir, et suis tombé sur l'interview d'un musicien, visiblement surdoué. On l'interrogeait sur sa maîtrise. Il a dit « Le temps où je travaille ma technique est certes important, mais mon art tient tout autant de ce que je vis, dans la vie de tous les jours ». C'est ce que je voulais signifier, un peu plus haut. C'est ce que l'on donne au quotidien qui nourrit l'exactitude du geste dans ces replis hors-temps. Et réciproquement -- je jetais dans Esteria « la vie est le miroir de l'œuvre ». L'électrochoc esthétique de l'art booste les énergies du corps donc du temps, de la vie. Dans quelles proportions exactement, je ne sais pas, mais je sais qu'elles ne sont pas vaines, pas simplement personnelles. Le problème est que ce type de prescience appartient à l'indicible, quelque chose qu'on ne peut que ressentir par expérience personnelle, sinon c'est le ricanement. L'entrée dans les signes, c'est un générateur de sens. Ce n'est pas rien, quand on est plongé dans un tel monde à priori insensé où, rappelons-le, notre condition d'incarnation continue tient plus, jusqu'à nouvel ordre, de l'irrationnel que du rationnel... Je pourrais développer sur de longues pages, y compris par le biais des constats scientifiques, pourquoi la magie est le principe premier, « dans l'existence », et qu'il faut conscientiser, et maîtriser, ce principe terrible en nous tous. Nous sommes tous habités par une puissance atomique et, si l'on ne s'y attelle pas, elle se retourne en nous contre nous, en des comportements d'une violence pour le coup incontrôlable. A ne pas confondre avec l'action gesticulante, qui n'est, comme dirait Rimbaud, « qu'une façon de gâcher un énervement ». Non. Ce que j'appelle la confiance --et non pas la foi-- est d'un autre ordre, celui de s'être affronté soi-même jusqu'au risque de la folie. L'autre risque, pour ceux qui ont ressenti cette sorte de vertige psychique dans la perception, c'est de sur-interpréter et de tomber dans les dérives sectaires, des fadaises religieuses ou occultistes de tous ordres. Non plus. Il y a juste notre part inconnue -- on peut l'appeler l'être, le sacré...--, à considérer comme telle (inconnue), mais à considérer absolument. Elle nous invite à des phénomènes ; passée la souffrance, libérée elle ouvre le meilleur, dans une inquiétude de chaque instant qui n'est plus angoisse mais chemin de joies.

Quand plus personne ne sera --réellement-- dans cette érogénéité à l'être, le monde sera mort.

De toutes façons ce n'est pas à vous que je vais apprendre ça... Je citerais juste un article trouvé dans la revue d'Amnesty International, qui retraçait les grandes rencontres de poésie en Colombie. C'est l'un des poètes présents, le poète targui Hawad, qui constate : « Ici la poésie n'est pas un passe-temps, c'est un travail, un combat. La réalité est trop forte, les poètes de salon n'ont pas leur place. » « Pour écrire de la poésie, il faut une douleur. Sans doute aussi pour l'écouter avec une telle ferveur. »

Kerouac pourquoi pas : « Sois amoureux de la vie, de chacun de ses détails. / Quelque chose que tu sens finira par trouver sa forme propre. »

Et même un sociologue (David Lebreton je crois, mais je n'en suis plus sûr), à propos de la nécessité du rite de passage pour les adolescents, rejoint la poésie sur une fin d'analyse : « Quand soudain l'on a dépassé l'expérience, s'aperçoit que l'on est dans la relation. »

Chateaubriand ? « Attends que le vent de la mort se lève, alors tu déploieras ton vol vers ces régions inconnues que ton cœur demande. » Ce que les poètes (fussent-ils mineurs) essayent de dire depuis toujours, dans les exercices d'élucidation auxquels on les invite ici ou là, c'est toujours cette forme d'invitation vers ce soi-même en puissance, « à l'éternité tel qu'en lui-même »...

« La triade »... Rien n'était prémédité, mais j'ai constaté a posteriori que cela fonctionnait un peu comme ça, Vie sans mort, Esteria, Loire sur Tours (le dernier éclairant les deux précédents). Il y a eu des textes intermédiaires importants, notamment dans la revue La sœur de l'ange et dans Raison basse. Pour autant, même si je passe maintenant plus de temps à la musique, je ne me sens pas encore quitte du mouvement de l'écriture. Il me reste deux-trois choses à faire : extraire une condensation de mes dizaines (centaines ?) de toutes-premières pages (celles de l'intégration du cercle...), aussi retoucher (et voir publiés ensemble ?) les quelques textes à moitié finis de cette époque. Et puis j'ai envie d'un baroud d'honneur, un livre énorme et indigeste qui intègre, dans un tout cohérent, chacune de mes approches du récit, chacune de mes approches de l'écrit, qui mette en perspective tout ce que j'ai écrit avant et le fasse apparaître comme de la Bibliothèque Rose. C'est mon fil continu du moment, mais ce ne sera pas abouti avant dix mille ans...

Pour là... C'est Christophe Laurentin qui m'a encouragé à creuser mes notes de marche, qui allaient peu à peu se métamorphoser en tout autre chose, cette entité-livre Loire sur Tours. Je n'imaginais pas que j'irais aussi loin en me projetant dans cette écriture, que je considérais moi-même un peu anecdotique au début, comme un « travail parallèle » en marge de l'œuvre (si je puis dire). J'ai été pris en embuscade par ce qu'il y avait à dire dans ce retour sur images. Ce n'est pas la seule fois où Christophe s'est fait l'intermédiaire de rencontres magiques en/pour moi.

Publié par regal à 19:01:02 dans ANNONCES | Commentaires (0) |

18e Salon de la revue | 17 octobre 2008

18e Salon de la revue
Paillasson de vie

Pour nous, le 18e salon de la revue aura été marqué par notre soirée chez Guillaume qui anime la librairie-galerie Le monte-en-l'air, rue des Panoyaux à Ménilmontant, Paris 20e. Nous y avons fêté le tricentenaire du signifiant série, commémoration qui aurait été fortement teintée d'intellectualisme si nous n'étions pas restés nous-mêmes malgré la hauteur du sujet. C'est que nous sommes les initiateurs d'un Cahier de la RAL,M consacré à ce mot qui a tant fait parler l'Histoire depuis que Diderot en a saisi la pertinence. Notre Cahier, dirigé de main de maître par Pascal Leray, préfacé par Jacqueline Picoche et postfacé par Jean-Yves Bosseur, a rencontré un premier succès en attirant d'autres collaborations non moins éclairées, succès renouvelé au Salon lui-même par une fréquentation tout aussi renseignée.

La soirée au Monte-en-l'air a réuni les deux chantiers les plus fébriles de l'Internet : L'établi, plateforme de discussion et de recherche dirigée par Jean-Luc Vertut, et la RAL,M. Des invités se sont mêlés à cette fièvre créatrice pour découvrir peut-être l'art et la manière de pratiquer non seulement l'édition, mais aussi l'atelier. La présentation de Pascal Leray s'est d'ailleurs centrée sur les possibilités d'expression et de publication qu'offre notre propre plateforme : un site Internet de premier plan -- la RAL,M, où les chantiers individuels et collectifs se multiplient -- une revue en papier qui concrétise ces travaux autrement virtuels -- les Cahiers de la RAL,M -- et une maison d'édition -- Le chasseur abstrait -- qui tient la route malgré les vents de travers des crises environnantes.

La librairie Le monte-en-l'air propose une belle collection graphique, de la bande dessinée au dessin le plus recherché. Du texte aussi, et du meilleur. Ici, on s'instruit dans les rayons, ce qui n'arrive plus ailleurs. Guillaume est chaleureux et inventif. Que demande le peuple ?

C'est dans la salle d'expo que Valérie Constantin a projeté son film, Paillasson de vie, qui accompagne le Cahier (DVD), avec un commentaire poétique de Jean-Claude Cintas et une musique de Patrick Cintas : le niveau de création est exemplaire de ce que nous recherchons.

Revenons au Salon de la revue. Il n'a guère changé d'aspect ni de fonctionnement. Le lieu est étroit et contient, me dit-on, plus de 700 revues. Les stands ont l'aspect de boîtes de sardines, avec des sardines qui respirent encore et un désordre de revues tel que le visiteur, passant dans la sueur et la saturation carbonique, nous confie souvent qu'il ne sait plus où donner de la tête. Deux problèmes entachent cette excellente manifestation qui a lieu dans un des quartiers les plus animés de Paris : -- la médiocrité de certaines revues, qui se cache souvent derrière un aspect dont la qualité de surface est l'effet d'un assistanat inadmissible, mais omniprésent ; -- le mélange des genres qui interdit au visiteur de sélectionner d'emblée ce qui convient à sa recherche. À ces défauts majeurs, il faut bien ajouter l'envahissement des auteurs en quête qui semble raréfier le public des lecteurs, à moins que ceux-ci, par défaut de communication, n'aient pas eu vent de la nouvelle. Un panneau indiquant « Interdit aux auteurs » devrait marquer l'entrée de ce lieu merveilleux où la revue, outil préparatoire des éditions en tout genre, témoigne d'une activité intellectuelle et créative de premier plan. On se demande d'ailleurs si le lecteur est le bienvenu dans ce foisonnement sans issue. Il a manqué, une fois de plus, à ce rendez-vous qui gagnerait à s'organiser dans la sélection et l'ordre. Une topographie raisonnée du lieu changerait tout.

Salon qui manque aussi d'événements. Le seul marquant aura été la visite d'Henri Meschonnic qui semble poursuivre une tournée méthodique dans le but de répandre les germes de sa pensée. Michel Deguy n'a d'ailleurs pas manqué de compléter ces circonstances par une présence tout aussi circonstancielle. Je me souviens toutefois que la préface aux Poèmes 1960-70 de Michel Deguy était d'Henri Meschonnic et qu'elle m'avait indiqué les meilleures sources, dont Michel Deguy lui-même. Elle s'intitulait « La poésie, langage des langages pour Michel Deguy » et ce n'était pas peu dire. J'en ai retenu à tous crins la conclusion fortement éclairée de plein fouet : « La poésie ne cesse de déplacer la philosophie. Deguy laisse du « mauvais côté », celui où l'œuvre est prise comme un objet ou des techniques, le scientisme et l'« ironie du spécialiste, avec quoi on ne fait pas le poème ». Il est du côté de la poésie et de la poétique quand il écrit : « La langue est affaire trop sérieuse pour être abandonnée aux linguistes » (Figurations). Il montre où il faut poser ses questions. On attend ce qu'il va ouvrir. Il est dans la poésie, qui ne cesse jamais de nous surprendre, quand il écrit (Figurations) : « L'allégorie est à réinventer. » Du coup, on lira avec intérêt Derrick et la critique de la poétique parue dans notre Blog des auteurs.

Merci enfin à Françoise Hàn d'être venue nous encourager. Et à Christiane Hagège, secrétaire des Django d'Or, pour sa visite. N'oubliez pas : la 17ème cérémonie des Django d'Or « Trophées Internationaux du Jazz », animée par Laurent VOULZY et Alain SOUCHON et orchestrée par le Big Band des élèves du Centre des Musiques Didier Lockwood, se tiendra le jeudi 20 novembre 2008 au Pavillon Baltard de Nogent-sur-Marne.

 

Publié par regal à 19:03:34 dans Cahiers de la RAL,M | Commentaires (0) |

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