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« Un poète est un monde enfermé dans un homme », écrivait puissamment Victor Hugo. Il arrive que ce soit le contraire qui survienne. Il arrive que le poète soit un homme, une femme, enfermé(e) dans un monde. On serait alors tenté de dire : « Laissez-le, il rêve ! » Mais il ne s'agit pas de ces poètes de l'époque romantique qui secouaient leur longue crinière en baillant pour lutter contre l'ennui d'une société qui ne savait plus trop que faire de ces chantres aux idéaux passés, dans tous les sens du terme. Il ne s'agit pas non plus de ces poètes martyres, enfermés physiquement, torturés, parfois même liquidés par les nervis des dictatures fascistes, communistes ou capitalistes. S'il me tient à coeur de poursuivre le projet du « Sens des réalités », c'est aussi parce que je vois bien que la « fracture réalitaire » qui conduit à la multiplication de pseudo-univers généralement défaillants n'est pas une fiction déconnectée de la réalité du jour. Plus d'un politicien a été pris en flagrant délit de « perte de sens »; ces dernières années. Pas seulement eux. Et l'on pouvait croire la masse des poètes un peu plus à l'abri de tels troubles. Il n'en était rien. Il restera à l'historien à comprendre comment des hommes prisonniers peut-être de l'espace physique qui les entoure se sont résolus à y voir l'univers complet. Peut-on expliquer autrement l'évolution de l'école dite « meschonnicienne » ?
J'ai déjà raconté ma rencontre avec ce courant de pensée très offensif, il y a une grosse dizaine d'années. Enfin, non, je ne l'ai pas vraiment racontée mais le détail importe peu. Je le ferai sans doute, à un autre moment, voilà qui fait partie de mon « autobiographie par la série ». Trois ans après cette grisante rencontre, avec quelques amis nous faisions déjà le bilan de cette quête du Sémantique Sans Sémiotique (le Sujet). Et nous le jugions décevant. Nous pleurâmes. Nous avons séché nos larmes. Pour ma part, je me suis retrouvé gardien de stade. L'expérience n'a duré que quelques mois mais elle a été la période peut-être la plus heureuse de ma vie. Les boulistes s'engueulaient. Les basketteurs se chamaillaient gentiment. Les footballers faisaient les cons. Les tennismen crânaient. La sociologie d'un stade de banlieue me fascinait et, pour tout dire, je l'aimais. Traversée d'une vie tissée de ces « petites choses » qu'évoque Apollinaire dans son bel épithalame, « Poème lu au mariage d'André Salmon ». Progresivement, je me rendais compte que ma compréhension des choses, durant ces trois années de meschonnicisme frénétique, avait été comme compressée, bornée à un champ d'opérations obsessionnelles « dans et par le langage ». Le langage de la critique du rythme m'est devenu inaccessible;
Il est certain que l'homme qui quitte l'université pour entrer dans la vie active n'a pas la même appréhension des choses. Des idées qui lui paraissaient très importantes prennent un aspect insignifiant devant le concret des difficultés de la vie âpre et douloureuse. Le soir, il rentre, il regarde Derrick, il prend un café et se couche. Le lendemain, à peine éveillé il est déjà prêt à retourner au turbin... Mais je dois dire que le poste de gardien dans un stade de la banlieue de Seine saint Denis avait quelque chose de privilégié, puisque je restais de longues heures dans ma loge à lire Foucault, Diderot ou Nerval, Picoche, Gadet, etc. Même quand j'ai dû quitter cette aimable fonction pour entrer, très temporairement et par une toute petite porte, dans l'Education nationale, je lisais Louis-Jean Calvet avec bonheur. Mais les gros livres de Meschonnic me sont devenus inaccessibles. Je ne voudrais pas universaliser une expérience personnelle et c'est pourquoi je la livre telle quelle mais je pose la question à des fins scientifiques tout de même : y a-t-il compatitibilté entre la critique du rythme et la réalité ?
J'observe le réseau qui s'est constitué autour de la personne de Meschonnic. Les relais sont universitaires et ce, exclusivement. Quand, sur Wikipedia, les disciples veulent présenter leur maître, ils pourraient prendre l'initiative d'un discours didactique. Sur un projet de type encyclopédique (bien qu'on ne soit pas sûr que Wikipedia relève de cette catégorie), une prise de distance est nécessaire. Non que l'on mette en retrait certains enjeux idéologiques (le projet de Diderot est au contraire l'élaboration d'un puissant outil intellectuel contre l'obscurantisme de son temps) : on s'adresse à un public varié, on prend l'engagement de lui rendre compréhensible les traits principaux de savoirs très complexes. On entre dans les arcanes après avoir brossé un portrait d'ensemble. Voilà ce que nous apprend l'article « Meschonnic » de Wikipedia :
(...) il proposé une anthropologie historique du langage qui engage la pensée du rythme dans et par l'historicité, l'oralité et la modernité du poème comme discours et du sujet comme activité spécifique d'un discours. Une série d'essais, depuis Pour la poétique jusqu'à Politique du rythme, Poétique du rythme en passant par Critique du rythme, Anthropologie historique du langage ont engagé un chantier considérable qui a des effets dans maintes disciplines à partir d'une attention forte à la littérature et à la théorie du langage en faisant du poème un opérateur éthique de valeur pour tous les discours, ce qui engage une critique de la poésie pour que le poème ne soit plus confiné à un genre ou à une forme.
Ce discours ne sera d'aucun mystère à ceux qui ont lu le maître. Je m'interroge sur sa lisibilité par un public non spécialisé. La syntaxe, d'abord, est troublante : « une anthropologie... qui engage la pensée du rythme », « Une série d'essais (...) qui ont engagé un chantier considérable ». S'agit-il d'une société d'intérim ? L'activité qu'elle désigne est assez loin du BTP, pourtant : c'est « un chantier (...) qui a des effets dans maintes disciplines à partir d'une attention forte à la littérature » . Cette discipline serait donc une forme de télékinésie. La suite permet d'élaborer une autre hypothèse technique, puisque ce chantier « engage une critique de la poésie » en « faisant du poème un opérateur éthique ». Dans Tchevengour de Platonov, le communisme étant advenu, le travail est aboli. Seul le soleil travaille et il est décrété « grand prolétaire universel ». Ici, c'est le poème qui travaille. On ne s'étonnera pas, dans ces conditions, que le poète passe pour un fainéant !
Il faut préciser que le tort d'une telle notice n'est pas dans le seul défaut de vulgarisation. Il faut témoigner du respect aux constructions complexes de l'esprit. Qu'elles soient peu évidentes à appréhender ne devrait pas emporter notre impatience. Il faut soulever un autre point, infiniment plus problématique que le premier : l'absence totale de rigueur scientifique. On ne nie pas les apports de Meschonnic. Mais l'auteur de la notice semble pressé de voir les « effets » de son discours se répandre sur le monde : la « traductologie de Meschonnic », explique-t-il, « oblige à ne pas se contenter d'une traductologie qui se sépare à bon compte de l'éthique ou au contraire se contente de grands principes qui ne permettent pas de travailler l'historicité des traductions au coeur de l'activité de traducteur ». Voilà une pensée qui « oblige » (pour lutter contre « ce qui ne permet pas »). J'ignorais que le monde de la traduction fût si désertique qu'une voix exclusive de toutes les autres pût ainsi imposer sa réglementation ! Je déplore surtout que l'élève n'ait retenu du maître qu'une malheureuse série d'oppositions binaires, qui ne lui permet pas de situer l'idole dans le champ réel de la traductologie !
Le discours militant a des caractéristiques générales qu'on retrouve assez nettement ici. Le trait dominant est peut-être l'auto-affirmation. Ce chantier aurait des effets, nous dit la notice, « dans maintes disciplines » : il est malheureux qu'elles ne soient pas citées. Autant je puis sans problèmes appliquer cette phrase à l'oeuvre de Roland Barthes, qui a eu des effets dans les théories de la communication, de l'art, de la photographie, de la sociologie comme dans la littérature. Autant, au jour d'aujourd'hui, les « effets » de la théorie du rythme sont assez isolés parce que, le plus souvent, les disciplines concernées n'ont pas besoin d'elle. L'anthropologie travaille l'oralité avec des méthodes précises. Ses fondamentaux sont constamment révisés dans une perspective critique et je tiens notamment à saluer le travail extraordinaire de Jack Goody, en la matière. La psychologie et la sociologie n'ont rien à gagner d'un discours qui les méprise globalement. Quant à la philosophie... Que peut-elle faire d'un discours qui produit du Heidegger contre Heidegger ? Qui, du philosophe, maintient l'emphase quasi incantatoire (censée incarner l'assimilation de la pensée et du poème) en retournant à son encontre les mêmes arguments, en boucle ?
Récemment, le maître a rechuté. En publiant « Heidegger ou le national-essentialisme », il a réglé la question du philosophe. Il est évident que sa réflexion devrait mettre fin à toute la phénoménologie post-heidegerrienne. Toute la démonstration repose sur une phrase de Heidegger, selon qui « le silence est un avoir-dit ». Il faut prendre le temps de goûter cette sentence pour elle-même. Elle est belle, en effet. Meschonnic, théoriquement, ne méconnaît pas la polysémie du silence. Mais, ayant fixé son interprétation chez Heidegger, il règle la question du rapport au nazisme du philosophe allemand. J'ai un infini respect pour les victimes de la Shoah. J'ai même la plus grande considération pour Meschonnic, concernant ses prises de positions sur la notion de « shoah » même, par exemple. Mais cet effort produit pour effacer une pensée qui l'a si visiblement influencé me révolte. Et je crois grossière une démonstration qui s'appuie sur des « preuves » si minces.
Dans « Politique du rythme, politique du sujet », déjà, nous avions droit à l'axiome suivant (je cite de mémoire) : « Parle-moi du poème, je te dirai qui tu es ». La recette est très simple : prenez un ouvrage de telle ou telle discipline, voyez ce qui y est dit du poème. Puisque, par définition, le poème n'est pas la spécialité de l'auteur, vous trouverez aisément des failles qui se révéleront très vite impardonnables ! Et c'est ainsi que le poème est appelé à remplacer l'anthropologue, le philosophe et l'historien... et à supprimer les fonctions de psychologue, de sociologue et de linguiste. On craint pour le médecin qui, rappelons-le, s'appuie, à l'instar du linguiste, sur une « sémiologie » ! Y aura-t-il une médecine du rythme ?
Je crois que la difficulté qu'a ce discours à trouver écho ailleurs que dans un secteur très spécialisé de l'université est assez compréhensible, dans ces conditions. Cette poétique a perdu le sens des réalités ! Elle parle d'historicité et elle ne sait plus ce que c'est qu'un homme qui vit au ,jour le jour, qui s'oriente dans une masse de pensées contradictoires et conflictuelles, que la poésie traverse par accès momentanés. Elle semble avoir oublié qu'au-delà du poème, il y a une chose qu'aucune théorie n'affronte sans ridicule (bien que Lotman ait approché la chose d'une façon inédite et singulièrement émouvante) mais dont Apollinaire a en une belle occasion rappelé la puissance :
Publié par regal à 11:20:33 dans ANNONCES | Commentaires (0) | Permaliens


Photo ©Christophe Laurentin.
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Croiser le style Deux passions illuminent l'oeuvre de François RICHARD :
la langue et le texte. Ses livres proposent toujours un parcours à la fois
lyrique, -- don de la langue, et narratif, -- art de l'expérience. LOIRE
SUR TOURS est étrangement fluide, vrai et faux, facile et complexe,
phlogistique de l'égarement et de l'équilibre, mais aussi solide qu'un
métier arraché à l'existence. Les photographies de Christophe LAURENTIN
s'appliquent avec non moins d'étrangeté romanesque à cet itinéraire
soigneusement mis en page. Loire sur Tours est publié par Le chasseur abstrait éditeur .
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Patrick CINTAS. La question est de savoir si on continue d'appeler "littérature" ce qui la dépasse. Voici, à ma connaissance, la meilleure définition de la paresse dans l'optique particulière des arts : "La confusion dans le public est facile à expliquer : tout vient du désir d'obtenir quelque chose pour rien ou d'apprendre un art quelconque sans se fatiguer."
François RICHARD. Sur les appellations en général. Je crois que c'est induit dans votre question : je me sens effectivement assez étranger à des notions comme « écrivain » ou « littérature ». Je m'identifie plus à des noms qui les précèdent historiquement -- poète, voire artiste tout simplement. J'ai la conviction qu'un artiste peut déployer sa singularité, sa sensibilité à travers tous les médiums. Comme on n'a pas assez de temps dans une vie, il faut bien choisir des priorités, aller là où ça appelle le plus spontanément. On ne peut pas exceller à la fois en musique, en danse, en architecture, en peinture... Mais ce n'est que par manque de temps. J'aurais adoré me consacrer à fond à absolument tous les arts, et je pense que ce serait une évidence pour tous les artistes si la vie était deux fois plus longue. Je le ressens d'expérience : un processus artistique débouche sur un autre, dans un autre domaine (c'est ainsi que j'ai alterné musique, peinture, écriture, danse...). Dans le processus de création il y a des sas successifs, ce que l'on tiré de soi laisse une soif d'autre chose, de différent et pourtant relevant de la même avancée. Dans tous les domaines on reste poète, et artiste. C'est un radical, un dénominateur commun. Au fait, qui est artiste ? Tous ceux qui ont vu, accepté et apprivoisé leur mort. Mais ce serait une autre question.

Sur la littérature et ce qui la dépasse. La vraie littérature est sans doute son propre dépassement : quand on sort d'un chef d'œuvre qui vous laisse k.o., on se dit à chaque fois ce n'est plus de la littérature, que c'est une expérience sensorielle, une expérience de vie à part entière. Une communion intime d'être à être, au dénominateur secret et commun dont je parlais... La littérature hors de ses petites perles et de ses chefs-d'œuvre, ce n'est pas de la littérature, c'est l'industrie de la consolation et du divertissement. Et c'est vrai que comme le mot est mis à toutes les sauces (« rentrée littéraire », etc.), qu'on est dans une grande purée des valeurs, il est peut-être important de renouveler les termes qu'on emploie. Il faudrait qu'il y ait dans les librairies, séparément, un rayon « littératures » et un rayon « art littéraire ». Institutionnellement c'est impossible, mais isolément, subjectivement, les libraires pourraient faire ça. Je précise que je n'ai pas de mépris pour un genre en particulier : un polar, un livre de témoignage, un livre humoristique, peuvent très bien rentrer, même involontairement, dans la cour des œuvres d'art. La force invincible de la grâce, c'est qu'elle ne s'explique pas, elle s'impose soudain, elle saisit n'importe quel thème ou support, pourvu qu'elle soit mue dans un geste, une inspiration habités.
Les libraires, les éditeurs, les chroniqueurs, ont le devoir d'imposer cette initialisation des termes dans le paysage du Livre. Il s'agit de faire front aux termes du marché, qui assimilent meilleures ventes à classiques de la littérature. La formule que vous employez dans votre question est juste. Il y a une confusion très séculaire entre Art et loisir, divertissement. Alors que l'un est l'autre ne sont pas loin d'être ennemis et antinomiques.
Avec les éditions Caméras Animales, que je co-dirige avec mon frère Mathias, c'est que nous avons tenté d'insuffler, notamment avec la quatrième de couverture du livre anthologique Raison basse. Nous y annonçons la mort des genres connus de la littérature, et préférons résolument le terme d'écriture à celui de littérature. C'est ainsi : le terme littérature renvoie à quelque chose de figé, de hiératique voire de sémantiquement corrompu (fors les nuances que j'ai dites plus haut) ; le terme écriture est beaucoup plus proche du mouvement brut et vrai, nécessaire et possédé, qui préside à la levée génésiaque des grands livres. Avec une note d'insituabilité totale en plus. Si la notion d'Art littéraire peut rebuter par sa solennité, le mot écriture au moins met tout le monde d'accord, et il peut s'appliquer à « tout ce qui dépasse la littérature ». En redécouvrant le mot, on redécouvre intuitivement la radicalité aiguë qui devrait sous-tendre toute œuvre écrite digne de ce nom.
Toutes ces constatations, elles se sont faites avec le temps, a posteriori du moment où j'ai commencé à écrire. Je ne m'intéressais pas à la littérature avant d'écrire, je me suis mis à écrire un jour et me suis mis à lire un peu par la suite. Pour rejeter (encore aujourd'hui) 95% de ce que je lis et ne flasher que sur les textes complètement insituables, les sismographies contagieuses de quelques vivants. Tant de gens qui se disent écrivains ne le sont pas, parce qu'ils oublient de vivre, confondent positionnement mondain et quête indicible... S'ils l'étaient, paradoxalement ils rejetteraient viscéralement l'étiquette d' « écrivain », comme tout enfermement dans une nomenclature, une neutralisation sociale. L'Art lui (comme la vie) échappe aux dénominations. Son style est la fulgurance. Il y a à tracer, là et déjà ailleurs, point. Jusqu'aux dernières révélations auxquelles cette main donnée de la création nous mène.
Quelle est la part du style dans l'écriture telle que vous la concevez ?
Le style précède l'écriture. Le style est cet appel aigu comme une convulsion, qui transforme une intuition en une formule, une formule en une figure expressive. C'est cette même pulsation interne qui lie les figures entre elles, qui impose sa cadence à la temporalité de l'expression en jeu. Le style est l'essence et la motorisation de l'écriture, comme du corps du reste.
Je ne pars quasiment jamais d'une page blanche en me disant « tiens je vais écrire ». Il n'est pas impossible de croiser le style en se lançant dans une démarche volontariste (et souvent, du coup, logorrhéique) mais c'est quelque chose que je conçois mal pour ce qui me concerne. On écrit quand il y a quelque chose qui cogne, qui demande à être dit, ou à se dire. Quand tient « ça », on entend oui, on s'entend ouïr. Quand on connaît cette connivence électrique avec l'être, on ne peut pas s'autoriser à tricher, à se dilapider en phrases dilutoires.
Vie sans mort, c'était la levée de cette sensation, dans une respiration encore convalescente, fragmentaire, pour ne pas dire embryonnaire (même si j'adore ce livre). Esteria c'est la construction en acte de cet organisme neuf, aux nerfs de ses turbulences génératrices (la gestation, la renaissance sont un requiem). Loire sur Tours, l'homme créé et qui marche ? La comparaison avec mon déroulé biographique est tentante.
J'ai entamé ce texte lors que je terminais Esteria et l'ai terminé à peine après, alors que j'écrivais de moins en moins, et allais de plus en plus vers la musique. Dans un bruissement de page qui se tourne. J'étais désormais un homme debout, toujours encré mais aussi ancré... Cet état se reflète dans les dernières pages d'Esteria et dans Loire sur Tours. La fameuse atteinte du centre de la Croix, entre horizontalité prosaïque et verticalité poétique.
Pour croiser des éléments de vos deux questions --le travail, et le style--, je dirais que, dans l'écriture, une lucidité aiguisée sur les lettres et soi-même vaut des heures de travail besogneux à noircir des pages. La chasse abstraite, dans mon cas, passe plutôt par une retenue face à tous les signes qui bombardent le cerveau, une discipline d'intériorisation, de décantation. Il m'arrive de jeter des bouts de phrases sur des petits papiers que j'ai sur moi, quand je me déplace où que ce soit, mais au moment d'écrire le livre (qui se décrète tout seul), de laisser fondre ce qui doit vraiment sortir, j'ai laissé s'écouler beaucoup de temps, parce que je sais c'est comme ça que l'essentiel sortira le plus spontanément. Il faudra nécessairement relire et retravailler bien sûr, c'est là qu'il faut être le plus dur avec soi-même, le moins complaisant. Mais tout ça n'est pas de l'ordre de l'effort (ce qui est connoté dans le terme « travail ») mais de la simple joie.
La rencontre avec soi-même --sa voix, son style-- pour moi ne s'est pas passée dans l'acte d'écrire lui-même, mais dans une expérience de vie où je suis passé très près de la limite. Je crois que la conscience et la lucidité approfondies, la sensibilité aiguisée, la vision abstractrice, ne vient pas --hélas ?-- de la seule pratique d'un art (qui se développerait d'elle-même à force de travail), à la volontaire, mais d'une situation-limite à un instant t de la vie, qui change toute la perception, et fait directement accéder à la petite voix de l'intuition créatrice (à la fois magique et oppressante, car on ne peut s'y dérober). C'est pour cela que, dans la Cité, je milite pour une réhabilitation des rites de passages --des rites de passages réinventés. Les civilisations plus anciennes ont très bien saisi la nécessité que le jeune vive une expérience-limite fondatrice pour accéder au statut d'homme. La proximité de la mort connecte définitivement avec la prescience du sacré (au sens abstrait, perceptif, non dogmatique), ouvre l'esprit et les sens, replace le fait d'être là comme mystère premier, apprivoise la violence que l'on a en soi pour l'orienter en des célébrations positives, partagées ou intimes.
Finalement, le travail majeur s'opère lors de l'initiation / initialisation du corps d'homme. Je parlais d'un instant t : c'est un instant qui peut durer très longtemps, dans l'écume du traumatisme. Une déflagration qui chavire, qui a pu pousser à de longues spires. Le travail s'entendait là comme souffrances, travail de la naissance. Ce mot du chorégraphe Laban : « il vous faudra tourner longtemps pour comprendre ce qu'est le cercle. Et puis un jour vous vous rendez compte que vous n'êtes plus vous-même, que votre espace est devenu puissant, dynamique, et qu'il vous faut maîtriser cette force ». J'ai tourné longtemps, c'est vrai. J'ai attendu longtemps. Et c'est vrai que dans l'approche d'une pratique artistique (dans la percussion avec la nécessité soudaine d'un art) il y a, précédant l'intégration réciproque, cette même phase de tours et de retours tourbillonnaires, comme une danse de mois préliminaires.
Je ne sais pas grand-chose mais je sais, d'instinct et d'expérience, que nos vies ont un sens, que nous sommes mus dans une création continue, et qu'en dessillant nos regards, en devenant artistes et prenant part à ce processus créateur (balisé des joies que donnent les œuvres réussies successives), nous vitalisons cette énergie (sur)naturelle vers une lumière un peu meilleure, porteuse d'autres états de conscience, et de conditions auxquelles nous n'avons pas accès pour l'instant - comme de concevoir le rien, le tout, l'origine. Mais les artistes ont du travail car les énergies toxiques et aseptisantes grouillent autour, endémiques à la perte du cœur.
L'état d'initialisation post-traumatique dont je parlais, le chantier sensible qu'il convoque : c'est comme si cette faille en soi se faisaient lèvres, délivrant un murmure apodictique, proche du silence de l'écriture ou de la musique. Je ne parlerais dès lors pas de travail mais d'addiction, l'assonance avec « la diction » étant parlante. Sans cette murmure-rumeur dedans, qui s'affine avec le temps, l'écriture ne serait qu'une manie thérapeutique. Et c'est son atténuation douce, au bout des années de l'écriture, qui permet maintenant d'aborder un instrument de musique, d'y avancer en conjuguant création et perfectionnement technique, par une harmonisation intérieure renouvelée. Qui permet même de progresser en lâchant prise.
Cette centration libérée qu'on appelle le style (je l'appelle la grâce), imprime son timbre à toutes les chronographies que l'on trace, quelle que soit la discipline artistique ou même dans la vie. Elle est la signature de notre relation à l'Autre, elle est fragile, c'est l'aspiration secrète du temps et du corps. Elle est notre essence, elle demande sa restitution contre la dénaturation.
Certes, mais à la différence de ceux que j'appelle les « Bosse-de-Page », on n'assiste pas chez vous à, comme dirait Robert Vitton, un ronronnement consistant à dire et redire les mêmes choses, se contentant d'en varier les effets -- poésie que j'assimile à toutes les prétendues poésies qui assènent des sentences au lieu de s'approcher, par le travail et le style -- ce que vous appelez le style et que j'appellerais plutôt l'énonciation --, des véritables lieux de l'écriture. On peut crier, se plaindre, voire menacer, prédire, etc., en langue vernaculaire ou savante, mais cette attitude de charlatan ne donne lieu qu'à des foutaises du genre « le ciel est bleu » ou « mon cerveau est une radio », ce qui veut dire au fond la même chose. Expliquez-nous (le terme est mal choisi) en quoi consiste votre espèce de ravissement. Est-ce un ravissement d'abord ? Je pense bien sûr à Lol V. Stein.
Pour la première partie de votre question, je dirais que l'insistance sur les mêmes choses n'est pas un problème -- le ronronnement, si. Pour ma part je passe mon temps à essayer de dire la même chose --cerner l'absolu, l'indicible-, et ce sont justement toutes ces variations l'intérêt (s'il y en a un dans ce que je fais, bien sûr...). Dans Loire sur Tours, plusieurs formules reviennent ponctuer la prose poétique comme des leitmotivs, ce sont de légères entournures modifiées (un contexte rythmique différent, un seul mot modifié...) qui font qu'elles gagnent en relief à mesure, et l'ensemble avec. Il y a des tas d'exemples en fait, je garde notamment une affection un peu enfantine pour les recueils de poèmes galants, où chacun d'eux est une ode à l'être aimé. Une écriture un peu lancinante peut aussi dégager le vertige des musiques répétitives, si l'âme est là... Et puis, peut-être que toute une œuvre n'est là que pour trouver ce qu'elle a à dire, qui tient peut-être en une seule phrase, et que tout ce déploiement d'une vie est l'implantation du paysage où elle puisse apparaître. Ou que, puisque cette phrase à dire appartient irrémédiablement à l'indicible, les textes s'enchaînent comme pour la cerner, la faire entendre ou plutôt exhaler son parfum, sa volupté toute musicale. Rendre évidente cette mutité que les mots viennent comme recouvrer, à l'instar des notes de musique. Le ronronnement (ou l'écriture thérapeutique, ou masturbatoire) est effectivement le péril, et le travers le plus commun, dans l'amassement de langage qu'implique entrer dans cette geste. La sentence approximative est un autre risque, mais je préfère largement celui-là, d'où sans doute mon addiction à la condensation extrême, et au phrasé inscrit dans la lignée aphoristique -- fût-il propulsé dans une allitération de plusieurs lignes. Le caractère « alambiqué » (j'aime le mot), l'oscillation entre impressionnisme alambiqué et expressionnisme alambiqué, s'est également avéré pour moi comme un fondamental de l'avancée organique du corpus. Il y a un caractère alchimique dans ce qui se rapporte à cette quête d'un Graal de Verbe. Un côté risqué aussi. La sphère du Logos n'est pas la moindre des cabales. Mais elle est, comme vous dites, ravissante. C'est « la forme entière de l'humaine condition » qui est là et qui nous guide, depuis un for intérieur qui est, j'en suis convaincu, universel. Nous cherchons le trajet le plus court entre cette figure silencieuse, inouïe, et le cœur, et ce, par-delà la conscience (qui est l'espace du vrai sommeil, du ronronnement transi). Nous cherchons partout et en tous un plus d'âme, une vibration qui aide à supporter le monde pour ce qui le sous-tend, justement. Par les médiums de l'art nous remontons ce cliquetis imperceptible en nous qui nous pousse à créer, pour invoquer dans l'universel un déclic des perceptions bloquées. Les artistes sont mus, et remontent à la source de ce qui les porte. Orphée n'a pas été imaginé par hasard. Cette matrice inconnaissable, cette Lilith idéelle enfermée en soi... Une Muse qui n'est autre que notre mort sans doute, un indéfini immémorial -- une silhouette de vide dans l'espace et la matière, la trace d'une originéité qui n'existe pas. Vous le dites, en substance « peut-être que je n'écris pour personne ». Le temps n'est supportable que dans cette relation à la grâce de l'instance témoin de notre création. Peut-être même que son invocation-évocation toute la vie peut inverser le déroulé finissant de sa lumière. Nous sommes comme les étoiles dans le ciel, à apparaître encore quoi que déjà morts... La désacralisation permanente du temps, la dissolution de la magie de l'atmosphère quotidienne, en sont le signe patent. La remontée en rappel, dans la profondeur de la rosée et des phosphorescences du crépuscule, contre un peu l'ensevelissement progressif de l'être au for (notre « nous ») sous la fuite en avant des sociétés modernes. Elles qui se jettent hystériques dans l'extériorité, la plus lointaine, d'une sensibilité intérieure sans dimension, sans doute beaucoup trop exigeante pour être assumée. « Puisque les choses qui régissent ce monde nous dépassent, feignons d'en être les organisateurs »... Notre « morigine » nous inviterait pourtant à de plus pures sculptures de temps, des desseins inenvisageables pour l'être, qui se laissent d'un coup réfléchir à la psyché. Et à une confiance, une joie sans bornes, puisque cette source noire qui nous attend, devient la promesse des réalisations les plus phénoménales, ainsi qu'un sentiment d'appartenance acceptable à la limite.
Quel est le cheminement, en termes simples ? D'où êtes-vous parti et où en êtes-vous ? À quoi ça rime, dans l'existence, dans le futur, pour les autres ? Cette "triade" n'est-elle pas au coeur de vos préoccupations ?
Pour détourner la gravité de ce qui s'est passé en sourire, je dirais que c'est l'enseignement de Maître Yoda pour devenir Jedi ( !) : il faut scrupuleusement, méticuleusement désapprendre tout ce que l'on a appris, pour se donner une chance de « devenir qui on est ». Il y a une citation je crois, « la culture, c'est ce qu'il reste une fois que l'on a tout oublié ». J'étais dans cet état, dans une chambre vide et stérile il y a maintenant plus de dix ans (exactement comme dans une couveuse), sous sonde gastrique, en hypotension, ayant coupé tous liens avec mon passé, quand j'ai demandé pour la première fois des feuilles pour écrire, et que « ça » a commencé. La mémoire qui est en-dessous de la mémoire personnelle. C'est d'ailleurs au cours de ces deux mois aussi, que j'ai entendu une phrase qui m'accompagne toujours. J'avais une télé mais je ne la regardais pas. Je l'ai allumée une fois très tard le soir, et suis tombé sur l'interview d'un musicien, visiblement surdoué. On l'interrogeait sur sa maîtrise. Il a dit « Le temps où je travaille ma technique est certes important, mais mon art tient tout autant de ce que je vis, dans la vie de tous les jours ». C'est ce que je voulais signifier, un peu plus haut. C'est ce que l'on donne au quotidien qui nourrit l'exactitude du geste dans ces replis hors-temps. Et réciproquement -- je jetais dans Esteria « la vie est le miroir de l'œuvre ». L'électrochoc esthétique de l'art booste les énergies du corps donc du temps, de la vie. Dans quelles proportions exactement, je ne sais pas, mais je sais qu'elles ne sont pas vaines, pas simplement personnelles. Le problème est que ce type de prescience appartient à l'indicible, quelque chose qu'on ne peut que ressentir par expérience personnelle, sinon c'est le ricanement. L'entrée dans les signes, c'est un générateur de sens. Ce n'est pas rien, quand on est plongé dans un tel monde à priori insensé où, rappelons-le, notre condition d'incarnation continue tient plus, jusqu'à nouvel ordre, de l'irrationnel que du rationnel... Je pourrais développer sur de longues pages, y compris par le biais des constats scientifiques, pourquoi la magie est le principe premier, « dans l'existence », et qu'il faut conscientiser, et maîtriser, ce principe terrible en nous tous. Nous sommes tous habités par une puissance atomique et, si l'on ne s'y attelle pas, elle se retourne en nous contre nous, en des comportements d'une violence pour le coup incontrôlable. A ne pas confondre avec l'action gesticulante, qui n'est, comme dirait Rimbaud, « qu'une façon de gâcher un énervement ». Non. Ce que j'appelle la confiance --et non pas la foi-- est d'un autre ordre, celui de s'être affronté soi-même jusqu'au risque de la folie. L'autre risque, pour ceux qui ont ressenti cette sorte de vertige psychique dans la perception, c'est de sur-interpréter et de tomber dans les dérives sectaires, des fadaises religieuses ou occultistes de tous ordres. Non plus. Il y a juste notre part inconnue -- on peut l'appeler l'être, le sacré...--, à considérer comme telle (inconnue), mais à considérer absolument. Elle nous invite à des phénomènes ; passée la souffrance, libérée elle ouvre le meilleur, dans une inquiétude de chaque instant qui n'est plus angoisse mais chemin de joies.
Quand plus personne ne sera --réellement-- dans cette érogénéité à l'être, le monde sera mort.
De toutes façons ce n'est pas à vous que je vais apprendre ça... Je citerais juste un article trouvé dans la revue d'Amnesty International, qui retraçait les grandes rencontres de poésie en Colombie. C'est l'un des poètes présents, le poète targui Hawad, qui constate : « Ici la poésie n'est pas un passe-temps, c'est un travail, un combat. La réalité est trop forte, les poètes de salon n'ont pas leur place. » « Pour écrire de la poésie, il faut une douleur. Sans doute aussi pour l'écouter avec une telle ferveur. »
Kerouac pourquoi pas : « Sois amoureux de la vie, de chacun de ses détails. / Quelque chose que tu sens finira par trouver sa forme propre. »
Et même un sociologue (David Lebreton je crois, mais je n'en suis plus sûr), à propos de la nécessité du rite de passage pour les adolescents, rejoint la poésie sur une fin d'analyse : « Quand soudain l'on a dépassé l'expérience, s'aperçoit que l'on est dans la relation. »
Chateaubriand ? « Attends que le vent de la mort se lève, alors tu déploieras ton vol vers ces régions inconnues que ton cœur demande. » Ce que les poètes (fussent-ils mineurs) essayent de dire depuis toujours, dans les exercices d'élucidation auxquels on les invite ici ou là, c'est toujours cette forme d'invitation vers ce soi-même en puissance, « à l'éternité tel qu'en lui-même »...
« La triade »... Rien n'était prémédité, mais j'ai constaté a posteriori que cela fonctionnait un peu comme ça, Vie sans mort, Esteria, Loire sur Tours (le dernier éclairant les deux précédents). Il y a eu des textes intermédiaires importants, notamment dans la revue La sœur de l'ange et dans Raison basse. Pour autant, même si je passe maintenant plus de temps à la musique, je ne me sens pas encore quitte du mouvement de l'écriture. Il me reste deux-trois choses à faire : extraire une condensation de mes dizaines (centaines ?) de toutes-premières pages (celles de l'intégration du cercle...), aussi retoucher (et voir publiés ensemble ?) les quelques textes à moitié finis de cette époque. Et puis j'ai envie d'un baroud d'honneur, un livre énorme et indigeste qui intègre, dans un tout cohérent, chacune de mes approches du récit, chacune de mes approches de l'écrit, qui mette en perspective tout ce que j'ai écrit avant et le fasse apparaître comme de la Bibliothèque Rose. C'est mon fil continu du moment, mais ce ne sera pas abouti avant dix mille ans...
Pour là... C'est Christophe Laurentin qui m'a encouragé à creuser mes notes de marche, qui allaient peu à peu se métamorphoser en tout autre chose, cette entité-livre Loire sur Tours. Je n'imaginais pas que j'irais aussi loin en me projetant dans cette écriture, que je considérais moi-même un peu anecdotique au début, comme un « travail parallèle » en marge de l'œuvre (si je puis dire). J'ai été pris en embuscade par ce qu'il y avait à dire dans ce retour sur images. Ce n'est pas la seule fois où Christophe s'est fait l'intermédiaire de rencontres magiques en/pour moi.
Publié par regal à 19:01:02 dans ANNONCES | Commentaires (0) | Permaliens
Le numéro 42 (septembre) de la Revue d'art et de littérature, musique est en ligne:
RAL,M
http://www.lechasseurabstrait.com/revue

LA RAL,M
AU 18e SALON DE LA REVUE
Le chasseur abstrait présentera ses trois derniers Cahiers de la RAL,M:
Cahier nº 8 "HAÏTI"
Direction: Valérie Constantin
Préface de Jean MÉTELLUS : Ce cahier de plus de cinq cents pages se propose de donner une idée de la création artistique en Haïti après les années 1920. Malgré cette limitation, le projet paraît encore presque utopique, vu la richesse de la production littéraire et picturale dans ce pays depuis cette époque. Mais en segmentant l'histoire des réalisations artistiques et littéraires par générations d'âge, les concepteurs de ce document ont fait preuve de réalisme et d'efficacité, leur entreprise acquiert une véritable crédibilité et force l'admiration. Ce faisant ils instaurent un dialogue entre les générations : Génération 1, Années 20-40 ; Génération 2, années 50-60 ; Génération 3, Années 60-80.
Cahier nº 9 "CECI n'est pas une série
Direction: Pascal Leray
Préface de Jacqueline PICOCHE - La série en linguistique - Un beau jour de l'an 2007, je reçus un message d'un monsieur nommé Pascal Leray, passionné de la notion de série, que je ne connaissais pas du tout. Il me demandait d'écrire un article sur la notion de série en linguistique. Son attention avait été attirée par un paragraphe de l'introduction à mon Dictionnaire étymologique du français (récemment revu, complété, mis à jour, et republié par les éditions Le Robert).
Postface de Jean-Yves BOSSEUR - La permanence d'un «esprit sériel»? - Au-delà de son existence en tant que système, qui a représenté un axe majeur de la réflexion et de la théorie musicales au cours des années 50, le sérialisme constitue un mode de pensée dont les influences se sont très vite étendues aux divers modes d'expression artistique.
Cahier nº 11 "Une sériographie"
Dossier documenté par Edgar Zimret.
Pascal Leray profitera de ce 18e Salon de la revue pour présenter sa "SÉRIOGRAPHIE" que nous détaillerons dans le numéro de novembre. Le CAHIER de la RAL,M nº 11 est un "portable" contenant une présentation et des extraits de l'oeuvre de cet écrivain étonnant qui s'exprime dans tous les genres et sur tous les tons, autant comme intellectuel que comme véritable artiste.
Annonce du Cahier nº 10 "Homosexualité & Littérature"
Direction Benoît Pivert.
De même que les auteurs de la Renaissance ironisaient volontiers sur les ténèbres du Moyen-Âge , nombreux sont les jeunes homosexuel(le)s, en ce début du vingt-et-unième siècle, qui, lorsqu'ils ou elles ne sont pas familiers de l'histoire littéraire, ont tendance à considérer le passé comme un énorme trou noir et à situer au XXème siècle l'émergence de l'homosexualité en littérature, le XXème siècle devenant à sa manière leur «siècle des Lumières».
TEXTES ET PRÉTEXTES
Une nation de fonctionnaires - Serge MEITINGER
Il y a, me semble-t-il, un pays au moins sur la terre où la révolution communiste soviétique a pleinement triomphé et continue à afficher sa victoire avec fierté et même arrogance. Ce pays, c´est le nôtre, le beau et doux pays de France !
Pourquoi j´ai cambriolé - Marius JACOB
Vous savez maintenant qui je suis : un révolté vivant du produit des cambriolages. De plus j´ai incendié plusieurs hôtels et défendu ma liberté contre l´agression d´agents du pouvoir. J´ai mis à nu toute mon existence de lutte ; je la soumets comme un problème à vos intelligences. Ne reconnaissant à personne le droit de me juger, je n´implore ni pardon, ni indulgence. Je ne sollicite pas ceux que je hais et méprise. Vous êtes les plus forts ! Disposez de moi comme vous l´entendrez, envoyez-moi au bagne ou à l´échafaud, peu m´importe ! Mais avant de nous séparer, laissez-moi vous dire un dernier mot.
Des coups tordus - Robert VITTON
T´es patraque ? Patraque ? Tu sors de la pharmacie. Et toi, t´es mort ? Mort ? Hier, je t´ai vu sortir du cimetière. Un torticolis. Tortum collum ! C´est ton côté Macaroni qui ressort. Un courant d´air ? Une mauvaise position pendant la sieste. La salope ! Le cul encore tourné à la friandise ? Les persiennes croisées, le rayon de soleil sur la tapisserie, le robinet qui goutte dans le jardinet... Tu dors ? Non, je décède. Le vilain cadavre. Requinque ton casse-cou, coucourde !
Librairie du gay savoir - Serge MEITINGER
Didier Eribon : Réflexions sur la question gay (Fayard, 1999).
D´une part, il y a ceci, raide comme béton : « J´aime la bite. J´aime me faire baiser par une bite. J´aime branler une bite. J´aime sucer une bite et il paraît que je suis doué ! ». Ainsi s´exprime Justin, 17 ans, l´éphèbe de la série Queer as Folk (épisode 5 de la première saison), devant sa mère et la thérapeute chez laquelle celle-ci l´a traîné. « Cela a le mérite de la clarté ! », conclut doctement la psychiatre...
Des gens disparaisssent - Deux livres de Claude Mouchard - Pascal LERAY
Dans ce pays, littérature et témoignage sont deux choses distinctes. L´espace littéraire français est bien tranché. Certes, il arrive encore que le roman dise quelque chose de la réalité mais cette ultime coquetterie n´a pas grand-chose à voir, par exemple, avec la tradition russe où le témoignage, l´ouvrage de portée documentaire, a un sens littéraire fort.
Le chasseur abstrait de Patrick CINTAS - François RICHARD
J´ai fini de lire Chasseur abstrait. Déjà, je trouve que le livre en lui-même (l´objet) est très beau. Quant au texte, il plonge dans un abyme, une interrogation séduisante. Tous mes critères de lecture sont évacués.
Deux poèmes - Marta CYWINSKA
Les femmes de quarante ans,
je devrais les rouler en une crêpe
disait une faux Breton
en traversant l´autoroute
sur les ceintures de sécurité
couvrant la mémoire d´une femme
entrelacée dans ses propres rides
Le FRIC - Jean-Pierre LESIEUR
Une carotte pour une pomme, un lapin pour deux choux, une carpette contre un tapis, ta fille pour mon fils plus deux chèvres, ma femme contre les tiennes... Jusque là le troc, sauf dans quelques cas épineux et de conscience, avait suffi à rendre les menus services usuels.
Photolivre - Jean-Marc GODÈS
Le lien entre mon parcours et mon langage artistique actuel, je le cherche encore. Je suis né en 1958 en Guadeloupe, où j´ai vécu ma petite enfance, d´un père d´origine russe et d´une mère pied-noir. D´emblée moi et les miens étions « des étrangers ».
Hannah - James NOEL
le bruit court que le vent
a enlevé le chapeau
circonflexe de l´ile
Patrick CINTAS - Extrait du feuilleton à paraître le mois prochain ici même !
J´avais le choix, bien sûr. Mais si je m´exprimais, on me démontrerait comment et pourquoi je choisissais mal. En pleine maturité mentale, je subissais la pression cognitive qu´on applique à l´enfant pour lui faire croire que l´adolescence existe et qu´il va tirer profit de cette longue initiation pour devenir un individu et un citoyen. « Ils » recommençaient.
Cécilia AMBU - Affectivité nourrie
A la recherche de ma propre identité, j'ai erré tant d'années dans la douleur : mon âme tourmentée cherche une issue où elle pourrait enfin exister pleinement. Grâce à la philosophie, mon cœur s'est emballé comme si je découvrais la vie pour la première fois : la philosophie m'a aidée à vivre, elle m'a aussi aidée à écrire. Ainsi, j'ai choisi l'Art dans tous ses états, même si le chemin est abrupt et semé d'embûches. Reste à espérer !
Joachim ZEMMOUR - Le voyage de Maëldune d'Alfred Tennyson
Un choix de poèmes de Tennyson traduits par Joachim Zemmour sera bientôt publié par Le chasseur abstrait.
Ce poème, dont le titre d´origine est "The Voyage of Maeldune", est l´oeuvre de l´un des poètes britanniques les plus célèbres de l´époque victorienne : Lord Alfred Tennyson (6 août 1809 - 6 octobre 1892). Celui-ci naquit à Somersby dans le Lincolnshire, en Angleterre, dans une famille assez modeste.
Les systémes signifiants de la religion dans les films africains - une lecture de Egg of life - Paul EKOUMBAMAKA
La religion entendue non pas comme un ensemble de croyances canoniques qui prend appui sur les écrits sacrés en rapport avec Dieu, mais comme un sentiment religieux qui consiste en une étroite relation avec le monde des puissances surnaturelles est très perceptible dans les productions artistiques africaines en général (romans, pièces de théâtre, poèmes etc.)
Deux recueils de Rolando Revagliatti traduits par Renato Veccelio.
No me imites:
Sé tu propio asesino.
Métamorphose des barbares - Images de l´Allemand dans la littérature israélienne - Benoît PIVERT
Dans son livre intitulé Israel und die Deutschen, consacré à l´évolution des relations entre les Allemands et l´Etat d´Israël, Inge Deutschkron décrit ainsi le sentiment prédominant en Israël dans les années 50 et 60 à l´encontre d´un peuple considéré comme un peuple de bourreaux : « Après qu´eurent éclaté la douleur et la tristesse, une vague de haine se leva en Israël contre les auteurs de ces crimes et contre ceux qui les avaient laisser se perpétrer.[...] .
Thalassa - Antonio LEAL
Como un rebaño de olas cabritean
en la blancura de esta página.
Buscan el vaivén de las horas más
Christ off de l´underground - ni christ, ni off, artiste seulement. - Jean-Claude CINTAS
« J´écris du son pas des poèmes », dit Christophe. Il sort un album « Aimer ce que nous sommes » qui, dès la toute première écoute, a inspiré un très long 15 chantpoèmes à Jean-Claude Cintas, chantpoète. Après un préambule structuré en deux parties « En ces temps... » et « Portrait d´un Christ off d´après une photo de Lucie Bevelicqua », suivent « 13 instantanés poétiques, 13 chantpoèmes » inspirés par l´écoute en boucle des titres de l´album.
Pourquoi Tom Cruise - Pierre DENAN
http://www.pourquoitomcruise.com
Je photographiais ma bite avec mon téléphone, Kelly jouait avec son double dong noir the snake flesh. Longs cheveux bruns, ongles rouges, plan sur Saddam Hussein quelques minutes avant sa pendaison : Allah est grand, vive la nation glorieuse et à mort ses ennemis, clame-t-il.
Belleza plena - Oscar PORTELA
Intocada y bárbara belleza. Luz de luna
Sacrifícial y sangre en los colmillos
Del hombre que aún es leopardo.
Yann Küller, l´enfer devant soi - Sébastien AYREAULT
Je suis né du côté de Cholet, en 76, dans un petit village appelé Maulévrier. Ma mère faisait ses 8 heures chez Hérault. Hérault était écrivain, éditeur, mais aussi imprimeur. Je me souviens bien de sa gueule burinée, de sa clope au coin des lèvres, et des demis qu´il descendait tout le long des jours, assis au bar en face de l´église.
Un noir désir - Bertrand Cantat - Andy VÉROL
Sortie du second livre d´Andy Vérol. Contacté par Patrick Eudeline pour ce projet, la "Vérol" a pondu une biographie "orientée" sur le groupe de rock le plus populaire en France, durant les années 90 - 2000.
Nous avons aussi mis en ligne:
Harmonie
BOTELLA - Emigrante
Üzeyir Lokman ÇAYCI - La spontanéité
Françoise HUPPERTZ - Donnez-moi le temps
Kathy FERRÉ - Brenne, entre ciel & eau - Le soleil s´est noyé...
Brenne : il est une contrée...
Janvier YEMELE - Les quatre orphelins
BONNE RENTRÉE LITTÉRAIRE !
Cordialement - Un cordial saludo.
Patrick CINTAS.
200.000 visiteurs par mois
RAL,M - Revue d'art et de littérature, musique
http://www.lechasseurabstrait.com/revue/
Prochain numéro: 15 octobre 2008
avec le nouveau feuilleton de Patrick Cintas

Publié par regal à 18:30:08 dans ANNONCES | Commentaires (0) | Permaliens
Patrick Cintas.
Le blog "Régal Truelle _Patatas !", conçu il y a une semaine à peine pour répondre aux insultes que Régis Nivelle le bien nommé profère sur son blog, connaît un beau succès sur ce réseau.
Nous avons donc décidé de mettre Régal Truelle de côté (vous le retrouverez ci-contre) pour orienter ce blog vers le débat littéraire et éditorial. Bien sûr, le personnage de Régal Truelle continuera de nous servir à chasser l'écrivant en mal de reconnaissance. Chasse purement abstraite, bien sûr...
Vous avez été nombreux à proposer des créations. Nous les mettrons en ligne sous peu, ici même ou sur notre site.
Les manuscrits doivent être adressés par email, au format doc ou rtf, à l'adresse suivante:
manuscrits@lechasseurabstrait.com
Je vous recommande la lecture mensuelle de notre revue en ligne, la Revue d'art et de littérature, musique, la RAL,M:
Nous réorganiserons nos thèmes en fonction de ce nouveau départ.
Merci à vous.
Patrick Cintas.
En savoir plus sur Patrick Cintas sur Wikipedia:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Patrick_Cintas
Publié par regal à 11:31:07 dans ANNONCES | Commentaires (0) | Permaliens
On se calme et on passe à autre chose.
Nous avons reçu beaucoup de propositions d'articles. Nous les mettrons en ligne cette semaine après une coriace correction... orthographique !
Paxakoa.
Publié par regal à 17:48:34 dans ANNONCES | Commentaires (0) | Permaliens
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